Anciens axes de recherche

En 2025, une réorganisation complète des axes de recherche du CRM a été menée afin de renforcer l’intégration des différentes périodes chronologiques. Sur cette page, vous trouverez l’ancienne mouture scientifique. Les projets ne sont pas à jour : certains sont terminés, d’autres ont été reconduits dans les nouveaux axes. L’affichage institutionnel n’est pas à jour. En effet, depuis, certains chercheurs ont quitté le Centre et certains collaborateurs ont changé d’institution.

Axe 1 - Histoire de la famille et des populations

Étude quantitative des populations

Alliance, parenté, parenté sprituelle

Histoire de la famille

Histoire sociale de la santé

Axe 2 - Jeux et enjeux des pouvoirs (Ve-XVe siècles)

Gouvernementalité et parole publique

Villes et réseaux, économie, sociétés et pouvoirs

Sociétés en armes et élites combattantes

Recevoir et réinterpréter le passé

Émotions, dévotions et sensations

Une Europe capétienne ?

Interraction dans la société carolingienne et seigneuriale

Histoire culturelle du religieux et du politique

Pratiques du politique et usages sociaux aux derniers siècles du Moyen Âge

Axe 3 - Histoire du judaïsme et des minorités religieuses (XVe-XXe siècles)

Histoire culturelle et intellectuelle des sociétés juives du passé

Histoire économique et sociale des juifs dans l’espace européen et méditerranéen (XVIe-XXe siècles)

Minorités chrétiennes

Axe 4 - Systèmes politiques, de l’Ancien Régime au début de l’époque contemporaine

Institutions françaises d’Ancien Régime

Analyse des systèmes impériaux

Axe 5 - Cultures du politique et du religieux de la Renaissance au XIXe siècle

L’espace politique à l’épreuve de la guerre civile (pratiques, discours, gestes)

Imaginaires de différenciation

Catholicismes en transition

Europe et Renaissance

Axe 6 - Histoire du monde

Histoire internationale de l’Europe et du monde

Études aréales et transnationales

Économies mondialisées

Axe 1
Histoire de la famille et des populations

Société, parenté, migrations, enfance, genre, sexualités, santé

Depuis son origine, le Centre Roland Mousnier constitue un des pôles centraux de la démographie historique française : il héberge la Société de Démographie Historique et de sa revue, les Annales de Démographie Historique.

L’axe 1 “Histoire de la famille et des populations” s’inscrit dans cette tradition prestigieuse en poursuivant des enquêtes quantitatives au long cours sur des populations rurales ou urbainesde la France des XVIIe-XIXe siècles.

Restant fidèles à une orientation privilégiée d’histoire sociale recourant aux méthodes quantitatives innovantes, les recherches ont été élargies depuis deux décennies vers des thématiques en pleine expansion à l’échelle internationale : l’histoire de la famille et de la parenté ; l’histoire de la santé. Elles s’inscrivent, en outre, dans des champs très dynamiques tels que l’histoire sociale des élites, l’histoire du genre, l’histoire de la sexualité, l’histoire des sociétés coloniales, avec lesquels elles entrent en dialogue en offrant un éclairage et des méthodes spécifiques.

L’ensemble des thématiques et des projets évoqués ci-dessous donnent lieu tous les ans à des mémoires de master en M1 comme en M2 ainsi qu’à des thèses de doctorat. Elles sont aussi abordées dans le cadre du séminaire « Histoire de la famille et des populations » qui couvre une période allant de la fin de l’époque médiévale jusqu’aux débuts du 20e siècle avec une forte attention pour les 17e, 18e et 19e siècles. Le séminaire se caractérise par son orientation internationale puisqu’il fait régulièrement intervenir des spécialistes européens de la famille, en particulier britanniques, espagnols ou italiens. Enfin, il est aussi un séminaire d’initiation à la recherche qui prévoit un ensemble de séances tournées vers les présentations de travaux d’étudiants et d’étudiantes de master ainsi que des séances méthodologiques dédiées aux outils de la recherche (logiciels de bibliographie ; construction de bases de données ; préparation à la rédaction de mémoire…).

Sous-axe 1
Étude quantitative des populations

Actuellement, le Centre Roland Mousnier est l’une des rares structures en France à abriter de grandes enquêtes de démographie historique dans le sillage de celles menées par l’Ined sur la population d’Ancien Régime ou de celle dite « Tra » ou « 3000 familles ».

Carte postale, Plan Mérian du XVIIe, @Archives départementales des Ardennes

La population de Charleville
du XVIIe siècle à la fin du XIXe siècle

  • Vincent Gourdon (CNRS), Isabelle Robin (SU), François-Joseph Ruggiu (SU), Doriane Hare (CNRS)
  • Claude Grimmer, Cécile Alexandre
  • Youri Carbonnier (Univ. Artois), Jean-Paul Desaive (EHESS), Fabrice Boudjaaba (CNRS/CRH), Eric Montat (AD du Tarn)

Le projet a été conçu pour étudier l’évolution sur la longue durée de la population d’une ville du Nord de la France, Charleville, à partir d’un ensemble documentaire exceptionnel, dont le cœur est constitué par les recensements des ménages de la ville, que les autorités municipales ont fait réaliser pratiquement tous les ans de la fin du XVIIe siècle à la fin du XIXe siècle.

Le projet s’est donc inscrit dans la tradition des grandes enquêtes démographiques menées en France, à l’image de celle des « trois milles familles » ou « TRA », lancée au début des années 1980 par Jacques Dupâquier, et qui est actuellement portée par l’INED, ou de l’enquête « Vernon » (Vernon-sur-Seine), dirigée depuis 1987 par Jean-Pierre Bardet (Université de Paris-Sorbonne)

Il s’agit dans le cas présent de construire une base de données socio-démographique nominative à partir d’un échantillon au dixième des habitants de la ville sur deux siècles.

Statue de Charles de Gonzague
Aquarelle, Charles de Gonzague à Charleville, 2020, © Cécile Alexandre
3D_1834b
Vue 3D de la Place Ducale 2020 @ CE2P2

Connexions Carolopolitaines : Espace, Population, Patrimoine

  • Vincent Gourdon (CNRS), Isabelle Robin (SU)
  • Cécile Alexandre, Benoît Pandolfi, Sylvain Rassat
  • Youri Carbonnier (Univ. Artois)

C2EP2 est un projet ambitieux de renouvellement des méthodes de l’histoire sociale, un point fort du Centre Roland Mousnier (CRM). Il vise à articuler une base de données sociodémographique avec un système d’information géographique (SIG) de manière à offrir un outil d’analyse croisée de l’histoire d’une population et d’un espace, ici urbain, sur la longue durée.  Il entend créer un outil et une méthodologie transposables à d’autres terrains et étudier un cas précis, Charleville (Ardennes), à l’époque moderne et contemporaine. Les croisements ouverts auront un prolongement inédit vers les sciences du patrimoine, justifiant un partenariat avec une collectivité territoriale.

Le projet s’est donc inscrit dans la tradition des grandes enquêtes démographiques menées en France, à l’image de celle des « trois milles familles » ou « TRA », lancée au début des années 1980 par Jacques Dupâquier, et qui est actuellement portée par l’INED, ou de l’enquête « Vernon » (Vernon-sur-Seine), dirigée depuis 1987 par Jean-Pierre Bardet (Université de Paris-Sorbonne)

Il s’agit dans le cas présent de construire une base de données socio-démographique nominative à partir d’un échantillon au dixième des habitants de la ville sur deux siècles.

Vernon, Carte de Cassini

La population de Vernon et de sa région : démographie et société (1680-1836)

Jean-Pierre Bardet (SU), Jacques Renard (SU)

Cette recherche étudie les comportements démographiques, les attitudes et les valeurs familiales d’un ensemble d’une quarantaine de communes situées sans discontinuité géographique autour de la petite ville de Vernon, à cheval entre la coutume de Normandie et celle de Paris, de la fin du XVIIe siècle au début du XIXe. Il s’agit de la plus grande reconstitution familiale jamais opérée avec un corpus total de plus de 200 000 individus.

Déterminants environnementaux de la fécondité (XVIIIe-XXe siècle)

Nicolas Todd (CNRS)

La fertilité (capacité à se reproduire) et la fécondité (nombre d’enfants effectivement réalisé) dépendent à la fois de facteurs comportementaux et biologiques. Le mieux connu des facteurs biologiques régulant la fertilité est le statut énergétique (nutrition, charge de travail). L’effet de ce dernier sur la fécondité est en revanche toujours mal compris. Le projet étudie certains aspects du lien statut énergétique – fécondité sur des populations contemporaines et d’Ancien Régime.

Sous-axe 2
Alliance, parenté, parenté spirituelle
Mariage, alliance et structures de parenté constituent des enjeux fondamentaux de l’histoire sociale des familles en Europe à l’époque moderne et au XIXe siècle, dont le sous-axe 2 approfondit l’exploration en proposant un triple enrichissement. Les approches désormais classiques de la démographie historique et de l’anthropologie historique se nourrissent ici des apports de l’histoire du droit ou de l’analyse de réseau. En complément des sources classiquement privilégiées – recensements, registres d’état civil, registres paroissiaux d’Ancien Régime, papiers de famille et actes notariés –, une place est accordée aux sources judiciaires et aux archives religieuses du XIXe siècle. Enfin, des études sur des objets décalés ou délaissés (parenté spirituelle, mixité matrimoniale, séparations judiciaires d’Ancien Régime) complètent les questionnements traditionnels du champ.

Analyse sérielle et informatique des pratiques matrimoniales des populations européennes (XVe-XXe siècles)

Michël Gasperoni (CNRS), Cyril Grange (CNRS)

Initiée en 2005, cette direction de recherche a donné lieu à l’élaboration d’outils et de méthodes d’analyse de premier plan pour l’histoire et l’anthropologie de la famille (logiciel Puck, plateforme Kinsources). Parallèlement, un travail important de reconstitutions systématiques de généalogies familiales voire de populations a été mené. Ces recherches sont effectuées en partenariat avec d’autres institutions (EHESS, EPHE, Université de Paris-Ouest).

Photo Odeta Catana, 2011, un baptême en Roumanie

Exploration des différentes formes d’utilisation de la parenté spirituelle aux époques moderne et contemporaine, en Europe comme dans le monde colonial

Vincent Gourdon (CNRS), Isabelle Robin (SU), François-Joseph Ruggiu (SU)

La question de la « familialisation » des choix de parrains et marraines aux XVIIIe-XIXe siècles constitue une interrogation centrale de l’enquête collective. Mais d’autres thématiques sont également développées : l’instrumentalisation politique et économique du parrainage ; le rapport entre espace et parrainage, en particulier dans le contexte des villes industrielles (enquête sur « Aubervilliers » et enquête « Charleville »); le parrainage de confirmation, véritable trou noir de la recherche historique; le parrainage dans les territoires coloniaux français.

Hyacinthe Rigaud
Hyacinthe Rigaud

Étude des rapports de parenté et de genre dans les milieux parisiens bourgeois et nobles entre XVIe et XVIIIe siècles

Claire Chatelain (CNRS)

Les rapports de parenté et de genre dans les milieux parisiens bourgeois et nobles, entre XVIe et XVIIIe siècles, sont étudiés à partir de plusieurs types d’action (comme l’action judiciaire de la séparation matrimoniale et de la rupture d’alliance).

Les mariages mixtes interconfessionnels en France de la Révolution à nos jours

Vincent Gourdon (CNRS), Cyril Grange (CNRS)

Les migrations transnationales contemporaines et les interrogations croissantes sur les juxtapositions de groupes religieux, nationaux ou ethniques différents ont stimulé ces dernières décennies un intérêt évident pour la question de la mixité matrimoniale. Il est cependant faux de penser que cet enjeu émerge avec notre modernité la plus contemporaine. Pour ce qui concerne les unions interreligieuses qui forment l’une des formes de la mixité matrimoniale, la question est largement débattue au Moyen-Âge comme à l’Epoque moderne et des réponses très variées sont données dans les législations de chaque Etat, territoire ou communauté religieuse.

Les mariages mixtes interconfessionnels dans quelques villes européennes (1792-1914)

Michaël Gasperoni (CNRS), Corinne Gomez-Le Chevanton (CNRS), Vincent Gourdon (CNRS), Cyril Grange (CNRS)

Ce projet de recherche s’interroge sur la mixité interconfessionnelle dans des sociétés européennes en pleine sécularisation. L’approche pluridisciplinaire retenue permet de conjuguer histoire du droit, histoire économique et sociale, histoire religieuse et histoire culturelle. L’objectif est d’appréhender ces pratiques de manière comparative et dans différents contextes, notamment nationaux (France, Espagne, et Italie) et locaux (Paris et la Rochelle, la Galice en Espagne, Turin, Milan et Mantoue en Italie).

Sous-axe 3
Histoire de la famille

Champ historique en voie d’autonomisation depuis les années 1980, très implanté au sein du Centre Roland Mousnier, l’histoire de la famille s’est renouvelée ces dernières années à la fois en ce qui concerne les méthodologies et les objets considérés. Tandis que les héritages méthodologiques de la démographie historique tendent à s’effacer en partie, les historiens du Centre cherchent à présent à articuler plus systématiquement les sources des pratiques sociales avec les sources normatives qu’elles soient juridiques ou politiques.

Les écrits personnels en France et en Europe à l'époque moderne et au 19e siècle.

François-Joseph Ruggiu (SU)

Dans la continuité de la grande enquête menée dans les années 2000, le Centre Roland Mousnier encourage les recherches, en particulier en Master, sur les écrits personnels rédigés en France et en Europe à l’époque moderne et au 19e siècle. Les textes, qu’il s’agisse de livres de raison, de diaires, de journaux, d’autobiographies, de mémoires, de récits de voyage ou de correspondances, sont considérés à la fois comme des objets, comme des discours et comme des sources historiques. Les approches pluridisciplinaires et les mises en série de textes sont particulièrement valorisées. Ces recherches ouvrent à d’importantes collaborations à l’échelle européenne ou internationale, en particulier avec l’International Egodocumental Network.

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BNF, Degrés des âges, estampe, Pellerin imprimeur-libraire à Epinal, 1815 (gravure sur bois 33 x 42 cm)

Les « grands enfants »

Isabelle Robin (SU), François-Joseph Ruggiu (SU)

L’enquête sur les grands enfants, qui est une des plus récentes lancées par le Centre Roland Mousnier, étudie les relations juridiques, résidentielles, économiques ou affectives entre les parents et les enfants, filles ou garçons, en train d’entrer dans l’âge adulte, ou bien devenus adultes mais amenés à cohabiter avec leurs père et mère (XVIIe-XVIIIe siècle). Ces « grands enfants », négligés souvent par une historiographie prompte à les croire sortis précocement du ménage parental ou effacés dans l’ombre de l’autorité paternelle ou parentale, surgissent pourtant des recensements, des archives judiciaires et notariales comme des sources qualitatives et permettent d’aborder sous de nouveaux angles un ensemble de thématiques liées à l’histoire des acteurs sociaux.

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« Couple de Canadiens, XVIIIe siècle », aquarelle, artiste inconnu, c. 1830. Gestion de documents et archives. Collection Ville de Montréal.

Le mode de fonctionnement des familles dans les mondes coloniaux

Vincent Gourdon (CRNS), François-Joseph Ruggiu (SU)

Le Centre Roland Mousnier a une tradition ancienne d’études des populations et des familles en France et, également, en Europe. Elle s’est enrichie, durant ces dernières années, d’une nouvelle dimension atlantique et coloniale dans le cadre de vastes enquêtes sur les formes familiales, sur le mariage et sur le métissage non seulement dans les colonies françaises de l’époque moderne, en particulier à Saint-Domingue, mais aussi dans l’Algérie du XIXe siècle.

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Européenne, extrait de carte postale Alger - Le départ du Transatlantique

Naissance d'une population et construction des identités en contexte colonial.
Les Européens en Algérie (1830-1962)

Corinne Le Chevanton-Gomez (CRNS), François-Joseph Ruggiu (SU)

L’enquête en cours au sein du CRM vise à localiser, récolter, inventorier des données administratives, des sources d’ego-histoire, des sources ministérielles ou territoriales dans les dépôts d’archives français sur les populations européennes de l’Algérie coloniale (1830-1962). Les archives invitent d’abord à replacer l’Algérie dans le cadre des grandes migrations du XIXe siècle puis à s’interroger sur les étapes de la naissance -si elle a lieu- d’une « communauté » unie, de culture européenne, vivant sur le sol algérien, du point de vue de la démographie, des statuts juridiques, de leurs pratiques politiques ou encore de leurs rapports sociaux.

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Carte à jouer. France. 1793. Gallica / BNF

Divorces et séparations en France (Révolution-XXe siècle)

Vincent Gourdon (CNRS), Sandra Brée (CNRS/LAHRHA)

L’étude historique des ruptures d’unions conjugales en France depuis la Révolution française s’est pour l’heure concentrée soit sur les aspects politico-juridiques de la reconnaissance du divorce, soit sur les évolutions les plus contemporaines des pratiques (après 1945). Il s’agit ici de mener une enquête au long cours sur l’histoire sociale des couples divorcés et séparés sous la Révolution puis sous la Troisième République : en pointant des terrains locaux judicieusement choisis, et en mêlant sources d’état civil et archives judiciaires, on analysera la manière dont les innovations législatives ont été appréhendées par les hommes et les femmes, mais aussi les trajectoires des couples désunis ainsi que les parcours de leurs enfants.

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Oxford, Bodleian library

Commercialisation et reconfiguration du passé nobiliaire sur un long XVIIIe siècle

Stéphane Jettot (SU)

Ces recherches portent sur les pratiques érudites et mémorielles des élites britanniques sur un long XVIIIe siècle (1660-1830). L’essor des pratiques consuméristes s’est traduit par une importante production d’imprimés destinés à la sociabilité des élites : almanachs, annuaires, histoires urbaines et guides de voyage. Ce nouveau marché s’est traduit par une reconfiguration du passé nobiliaire. Les éditeurs et leurs clients se sont associés pour transformer leurs arbres généalogiques, leurs récits ancestraux, en des supports destinés à un plus large public. Ces pratiques ont accompagné les très fortes mobilités sociales de la période dans les îles britanniques comme dans leurs colonies. Elles ont aussi transformé la signification des discours généalogiques, en les insérant dans un récit unificateur et patrimonial destiné à l’ensemble de la nation.

Le patrimoine symbolique de la noblesse française

Eric Mension-Rigau (SU)

Dans ces recherches, il s’agit de montrer dans quelle mesure et par quels moyens la noblesse, dépositaire d’un patrimoine symbolique toujours opérant, réussit à conserver aujourd’hui une identité spécifique et à maintenir une capacité de concurrence avec les autres élites ; et jauger le rayonnement, dans la société française contemporaine, de cet héritage symbolique, c’est-à-dire des modes de vie et des principes d’éducation qui constituent sa « culture d’ordre ».

Sous-axe 4
Histoire sociale de la santé

L’histoire de la santé selon les individus ou les groupes étudiés recouvre plusieurs directions de recherches fécondes tournées soit vers les agents, les actions et les effets des politiques de santé publiques sur les populations, soit vers les praticiens de tous ordres dispensant soins et conseils aux malades. Afin d’élargir la compréhension de la santé, de la maladie et du monde médical de l’époque moderne et contemporaine, les patients souvent secondés par leur entourage familial ont, depuis une vingtaine d’années, été reconnus comme des acteurs de la prise en charge de leur santé et de leurs maux.

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Christoffel Bisschop, De Heer heeft gegeven, de Heer heeft genomen, vers 1850, Amsterdam Museum

Fœtus et morts-nés

Vincent Gourdon (CNRS), Nathalie Sage-Pranchère (CNRS/SPHERE)

Dans cette recherche, plusieurs aspects sont approfondis : l’enregistrement des mort-nés pendant la période de la Révolution, entre la loi de laïcisation de l’état civil de 1792 et le décret de 1806 créant l’acte d’enfant « présenté sans vie » ; la ritualisation civile et religieuse autour des mort-nés à la fin du XIXe siècle ; les débats au sein du corps médical vers 1900 sur l’obligation de déclaration des fausses – couches auprès des autorités.

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Portrait de Monsieur Geoffroy copyright © Bibliothèque de l’Académie nationale de Médecine

« Monsieur Geoffroy, le docteur en médecine ». Les pratiques d’un médecin parisien au XVIIIe siècle.

Isabelle Robin (SU)

Les consilia ou avis médicaux écrits par un plusieurs des médecins en réponse à une demande précise à propos d’un malade se révèlent indispensables. La correspondance passive et active d’Etienne François Geoffroy, médecin, chimiste et académicien, actif à Paris au début du XVIIIe siècle avec ses patients examinés à la lumière d’autres sources personnelles ou professionnelles permet de s’intéresser à l’exercice quotidien de la médecine.

Pratiques et savoirs médicaux aux époques moderne et contemporaine

Isabelle Robin (SU), Nathalie Sage-Pranchère (CNRS/SPHERE)

S’inscrivant dans la lignée de l’histoire sociale de la médecine et de la santé, l’étude porte sur l’histoire des pratiques et des savoirs médicaux en France et en Europe aux époques moderne et contemporaine : étude de la formation médicale dans sa dimension clinique et pratique ; étude de la normalisation du travail médical et de l’acte de soin par la mise au point de nomenclatures médicales et administratives et de protocoles de soins, ainsi que leur réception par les soignants et les patients ; analyse des frontières professionnelles et sociales qui traversent le corps médical et des conflits autour des champs de compétences, statut et exercice des médecins étrangers.

Axe 2
Jeux et enjeux des pouvoirs Ve-XVe siècles

Mécanismes, idéologies, représentations

L’axe 2 étudie le millénaire médiéval sous l’angle des pouvoirs. L’accent est mis sur les dimensions religieuses des pouvoirs, sur les rituels profanes et sacrés, sur l’imaginaire des pouvoirs comme sur les institutions qui structurèrent l’action des hommes à travers la longue durée. Six directions principales orientent les recherches.

Sous-axe 1
Gouvernementalité et parole publique
Paris, Bibl. Mazarine, ms. 1765, détail du f. 124r (chapitre général de l'ordre des Trinitaires) Crédits photographiques: Cliché IRHT ; droits collectivité, CNRS et MCC

PREDICAP – La prédication en chapitre général dans les ordres religieux médiévaux

Cecile Caby (SU)

L’objectif du programme est d’attirer l’attention sur les prises de paroles solennelles dans les cadres des chapitres généraux et provinciaux des ordres religieux à la fin du Moyen Âge, comme lieux d’élaboration d’une représentation de l’ordre dans la société et d’une réflexion sur le gouvernement et ses acteurs.

Il s’agira à la fois de promouvoir un recensement des traces écrites de ces prises de paroles (mention dans les sources normatives ou éventuellement narratives et, surtout, leur conservation écrite) et d’entreprendre une étude de ces sermons et discours dans le temps long (XIIe-XVe siècles) dans une perspective comparatiste entre les différents ordres et, éventuellement, avec d’autres assemblées médiévales ayant donné lieu à des discours solennels.

Archivio di Stato di Firenze, Camaldoli Appendice 34, f. 161v (détail): […] Visis itaque et perlectis libris in quibus collecte ordinis ordinabiliter sunt descripte, formavi cedulas continentes quantum de predictis collectis actenus non solutis, ad presens obmissis aliis veteribus debitis aliquorum unumquodque monasterium ordinis solvere tenetur et debet […]

Gouverner, administrer par l’écrit dans les ordres religieux médiévaux

Cécile Caby (SU)

Dans la foulée des travaux des dernières décennies sur la révolution scripturaire et documentaire qui ont souligné la façon dont les pratiques de l’écrit non seulement accompagnent mais façonnent les institutions, il s’agira d’enquêter sur les pratiques documentaires et administratives accompagnant la mise en place et le fonctionnement d’institutions n’ayant guère attiré l’attention de la recherche de ce point de vue, à savoir les ordres religieux qui recomposent l’organisation du monde régulier à partir du XIIe siècle (formulaires épistolaires, registres de lettre, fiscalité interne, bullaires etc.)

Paroles inaugurales : gouverner par la parole

Cécile Caby (SU)

En vue d’explorer les formes prises par le gouvernement par la parole à l’occasion des grandes assemblées laïques ou ecclésiastiques de la fin du Moyen Âge, un premier laboratoire a été identifié dans les ordres religieux tels qu’ils se développent à partir du XIIe s., en raison de l’importance du corpus textuel mobilisable et de la variété des solutions tant institutionnelles (formes et fonctions des réunions capitulaires) que rhétoriques adoptées. À l’avenir, il s’agira d’élargir le corpus à d’autres types d’assemblées ecclésiastiques et laïques (Etats généraux, Parlements, Diètes etc.) et à leurs pratiques oratoires.

Retable dit de l’adoration de l’Agneau mystique, Jan van Eyck (achevé en 1432), Gand, cathédrale Saint-Bavon, panneaux inférieurs du côté gauche : les juges intègres et les chevaliers du Christ.

L’invention de l’État autoritaire (France, XIIe-XVe s.)

Thierry Dutour (SU)

La mémoire civique française voit dans les XIIe-XVe siècles, du commencement du règne de Louis VI le Gros à la fin de celui de Louis XII (1108-1515), les commencements d’une France indissolublement liée à son territoire comme à son État. Cette perspective s’appuie sur une historiographie qui depuis le XVIIe siècle manifeste une immense fascination pour le développement de l’État central, ses prérogatives, ses initiatives, son autorité, son armée, ses splendeurs. A rebours de cette façon d’envisager le passé des Français, il faut se demander, pour les XIIe-XVe siècles, comment ils concevaient l’existence de pouvoirs publics, ce qu’ils en attendaient, ce dont on parle quand on utilise le mot « État ».

Fresques de la tour de l’aigle, château du Bon Conseil, Trente, vers 1400, cycle des mois, panneau du mois de mai, Maître Venceslao (attesté vers 1397/1400).

Enquête sur l’idée de noblesse dans la littérature didactique en langue vulgaire, XIIIe-XVe siècles.

Thierry Dutour (SU)

Le fait que s’expriment et coexistent des opinions sur la nature de la qualité nobiliaire est une constante à la fin du Moyen Age (XIIIe-XVe s.). Parmi les textes dans lesquels elle s’exprime se distingue une littérature didactique en langue vulgaire, qui vise un lectorat laïque,  proposant aux nobles un idéal de conduite et une justification de leur état. Son examen permet d’ étudier « l’évolution de l’idée de noblesse, seule capable d’expliquer la constitution du groupe nobiliaire » (Marc Bloch) dans le contexte d’évolutions sociales qui modifient le regard porté sur la noblesse, rappelée par cette littérature à des devoirs dont le respect justifie la supériorité nobiliaire.

Le bien commun au Moyen Âge

Sumi Shimahara (SU)

L’expression « bien commun » émerge massivement à partir du XIIe siècle, même si l’idée est présente bien auparavant, sous d’autres formes. Le projet vise à étudier les préciser les lieux, les contextes, les sens de l’expression dans le haut Moyen Âge et à examiner l’éventuelle concurrence d’autres notions pour cette période.

Sous-axe 2
Villes et réseaux, économie, sociétés et pouvoirs
Siège de Occupation de Cambrai par Louis XI (1477), BM Douai, ms. 1110, f°316v°.

Le pouvoir royal et les villes à la fin du Moyen Âge : de la contestation à la construction de l’obligation politique

Adrien Carbonnet (SU)

Le paradigme de l’« accord parfait », issu des travaux de Bernard Chevalier datant des années 1980 a fortement marqué l’historiographie urbaine française. Ce paradigme présuppose que les relations entre le roi de France et ses villes ont été iréniques entre les années 1440 et 1540. L’étude des révoltes du règne de Louis XI (Louis XI et les villes en révoltes, Classiques Garnier, 2023) a conduit à remettre en cause ce modèle : le conflit existe entre le roi et les villes mais il tend à être masqué par des sources qui minorent la contestation au profit d’un discours de concorde.

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Carlo Crivelli, Annonciation, détail, tempera et huile sur toile 1486; autrefois à Ascoli Piceno, Anunziata; aujour'hui à Londres, National Gallery

Une autre histoire de la Renaissance.
Paroles d’objets

Elisabeth Crouzet-Pavan (SU)

Ma thèse est que l’univers des choses matérielles, ou plutôt le monde de la proximité, change pour une série d’hommes et de femmes dans l’Italie du XVe siècle. Ces changements sont aussi importants pour les représentations du monde, les rapports aux autres, les relations au temps d’ici-bas et à l’Au-Delà, pour l’ensemble d’une culture en somme, que ceux que connaissent alors les lettres et les arts, selon le récit fondateur qu’écrivirent les humanistes au bénéfice de leurs contemporains et de la postérité. Etudiant cette société des objets, son institution et ses significations, mon objectif est d’écrire autrement l’histoire de la Renaissance.

Venise : un paradigme de développement durable avant le développement durable

Elisabeth Crouzet-Pavan (SU)

Si l’historiographie sur Venise est foisonnante, il n’en manque pas moins un livre qui, nourri des recherches récentes, offrirait une « histoire totale » de Venise. L’enquête se propose de relever ce double défi. Ecrire une histoire se déroulant des commencements précaires de la Venise lagunaire au milieu des eaux jusqu’aux heurs et malheurs de la ville d’aujourd’hui, ville-musée envahie par les touristes mais que ses habitants abandonnent et dont la population est deux fois moins importante qu’elle ne l’était en 1300. Mais l’écrire en prenant en compte les renouvellements scientifiques et en illustrant le propos par des documents originaux et des images rassemblés grâce à une longue fréquentation de la ville, de ses archives et de ses bibliothèques.

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Illustration : Le Chancelier Rolin en prière devant la Vierge, dit La Vierge du chancelier Rolin, Jan van Eyck, 1435, musée du Louvre.

Institutions urbaines et changement social en France, XIIe-XVe siècle

Thierry Dutour (SU)

Ce projet met en rapport le développement des institutions urbaines entre le XIIe et le XVe siècle avec leur capacité à encadrer et exprimer les mouvements sociaux en œuvre dans les villes durant cette période et de mettre en valeur leur acquisition d’une capacité de représentation politique.

Marché de la place Saint-Marc, miniature française du XVe s
Marché de la place Saint-Marc, miniature française du XVe s. (Oxford Bodleian Library) représentant le départ de Marco Polo

Réseaux urbains, espaces économiques et construction des États régionaux

Fabien Faugeron (SU)

Cette enquête vise à mesurer le rôle et la place des villes dans la formation de marchés régionaux au sein des États territoriaux de la Renaissance, à travers l’exemple du Stato di Terra vénitien, appréhendé comme un système complexe, polycentrique. Elle porte de nombreux développements : par exemple, la recherche d’une coïncidence entre un « moment économique » et un « moment politique » dans la constitution des nouveaux ensembles territoriaux a conduit à réfléchir sur l’évolution des systèmes de pouvoir et le développement d’une bureaucratie étatique propres à l’Italie centro-septentrionale, avec la transformation progressive de certaines communes urbaines en capitales d’États régionaux.

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Lettres commerciales de la fraterna Valier (ASVe, Giudici di Petizion)

Réseaux marchands, diasporas italiennes et commerce en Méditerranée

Fabien Faugeron (SU)

Ce projet, en voie d’achèvement, consiste en l’édition critique (depuis le latin et le vénitien) d’un corpus de 67 lettres commerciales conservées comme pièces justificatives d’un procès (également en cours d’édition), dans les archives judiciaires vénitiennes, pour la revue internationale à comité de lecture Studi Veneziani. Ce corpus encore inédit m’a permis d’étudier, lors d’une contribution parue en 2015 (« The Venetian “Nation” in Sicily in the Second Half of the Fifteenth Century: The Example of the Valier Brothers’ Company », dans Georg Christ, Franz-Julius Morche, Roberto Zaugg, Wolfgang Kaiser, Stefan Burkhardt, Alexander D. Beihammer (éd.), Union in Separation. Diasporic Groups and Identities in the Eastern Mediterranean (1100-1800), Rome, Viella, 2015, p. 681-705) la présence vénitienne en Sicile, à travers l’exemple exceptionnellement documenté d’une compagnie commerciale, à une période qui voit précisément, à partir des années 1470, croître la « diaspora » marchande vénitienne, jusque-là numériquement très faible. L’analyse de la correspondance commerciale de cette entreprise montre une singularité vénitienne : contrairement aux Toscans et aux Génois, les lagunaires ne cherchent pas à s’insérer durablement dans la société hôte (au travers du mariage, de l’acquisition de la citoyenneté ou encore des investissements immobiliers) puisque Venise reste l’horizon de référence pour leur vie privée (famille, affects, résidence définitive). Pourtant, ces marchands parviennent assez efficacement à « cibler » des rouages essentiels et des individus-clés afin d’accéder aux ressources (biens, logistique, information, protection, justice…) dont ils ont besoin pour leur activité commerciale qui apparaît au demeurant globalement compatible avec l’économie sicilienne.

Acte de vente en latin et en arabe
Acte de vente écrit en latin et en arabe (novembre 1167), Archivos Eclesiásticos de Tudela, leg. 12, n° 16.

Faire communauté dans les villes de la péninsule ibérique

Alexandre Giunta (SU)

À la croisée de l’histoire sociale et économique, ce projet vise à étudier les relations entre les différentes communautés confessionnelles – chrétiennes, musulmanes et juives – dans les villes de la péninsule ibérique nouvellement conquises par les souverains chrétiens aux XIe-XIIe siècles. Il vise à poser un regard sur la place des minorités dans la société urbaine, à appréhender la progressive organisation de ces groupes en communauté politique et à mesurer leurs dynamiques à l’œuvre sur ces territoires.

Oeuvres historiques de Ralph de Diceto, doyen de Saint-Paul de Londres. Londres, the British Library, ms. Royal 13 E VI [détail] (domaine public)

Projet Londres, naissance d’une capitale politique (vers 1160 - vers 1230)

Frédérique Lachaud (SU)

Ce projet de recherche part du postulat que les années 1160-1230 ont été décisives dans la construction de Londres en tant que capitale politique et que ce développement a laissé une empreinte profonde sur la culture politique anglaise. La transformation de Londres au cours de cette période de bouleversements politiques est le résultat de l’interaction entre différents courants : les élites dirigeantes de la ville, l’administration royale, l’aristocratie religieuse et laïque résidant à Londres, les écoles et les églises. Le projet s’appuie sur l’étude des textes (politiques, juridiques, administratifs, historiques) produits dans cet ensemble polycentrique afin de cerner l’émergence d’une culture politique londonienne originale.

Bibliothèque Municipale d'Abbeville, ms. 114 (Livre Blanc de l'échevinage), fol. 1

Le Livre Blanc de l’échevinage d’Abbeville (1157-1521)
Un cartulaire municipal polymorphe à la fin du Moyen Âge.​

Romain Telliez (SU)

L’édition intégrale et la présentation du Livre Blanc de l’échevinage d’Abbeville illustrent la multiplicité des usages de la mémoire écrite auxquels recourt une commune de la fin du Moyen Âge pour garantir sa pérennité et ses prérogatives dans un contexte politique où elle voit celles-ci menacées, affirmer son statut de bonne ville du royaume, assurer la conservation de ses droits en mettant les textes anciens qui fondent ces prétentions à la portée de ses futurs magistrats.

Sous-axe 3
Sociétés en armes et élites combattantes
Paris, BnF, Collection Gaignières, n° 2513

Jean de Montmirail de la chevalerie en armes à la militia cistercienne

Cécile Caby (SU), Xavier Hélary (SU)

La Vie de Jean de Montmirail (BHL 4415) qui décrit l’existence et les miracles d’un grand aristocrate du nord de la France qui, à l’issue d’un intéressant itinéraire de conversion, devint cistercien à l’abbaye de Longpont où il mourut en 1217 et où il fut enseveli. Ce projet (visant à une nouvelle édition, traduction et commentaire de la Vita et du recueil de miracles d’ores et déjà ajouté au dossier hagiographique) constitue un laboratoire de choix pour explorer conjointement les stratégies de communication des Cisterciens (et notamment de la communauté de Longpont) envers les Grands et les pratiques religieuses de l’aristocratie.

Peinture d'Édouard Vaumort, (?-1886), gravure de Jean Baptiste Amédée Guillaume, (1822-1893), parue dans Henri Martin, Histoire de France populaire, Paris, 1886. Domaine public.

Mobilisation armée des populations urbaines et rurales aux XIVe et XVe siècles.
Dimension essentielle de la lutte politique et de la guerre​

Thierry Dutour (SU)

Les populations ne sont pas désarmées aux XIVe-XVe s. et leur participation à la poursuite du bien commun comprend le fait de remplir des obligations militaires. Cet aspect de leur existence reste négligé (pas pour les Temps modernes) par une historiographie qui voit dans des élites combattantes, c’est-à-dire pour l’essentiel en la noblesse, l’acteur digne d’intérêt de toute lutte armée. Citadins et ruraux non nobles ont pourtant dans diverses circonstances l’obligation de s’engager en armes. Des structures, des organisations, telles que les circonscriptions territoriales de défense, les services de guet associant citadins et ruraux, les dépôts d’armes constitués aux fins de la distribution de celles-ci à la population en cas de nécessité, sont mises en place aux XIVe et XVe siècles et méritent enquête, de même que l’effort pour s’armer consenti par les habitants, insuffisamment connu, et les cas de mobilisation générale de tous les hommes en âge de porter les armes. Ces formes de participation sont politiques et la participation demandée par le Prince doit être mise en rapport avec la mobilisation contre le Prince, qualifiée de révolte. L’une est l’autre posent le problème de la participation des populations au fonctionnement des pouvoirs publics.

Enluminure du cavalier sauroctone issue du Beatus de Gérone (vers 975), f. 134v, manuscrit 7, trésor de la cathédrale de Gérone

Élites guerrières et frontière dans la péninsule Ibérique

Alexandre Giunta (SU)

Le projet envisage d’étudier la formation et la construction des élites guerrières dans les royaumes chrétiens du nord de la péninsule Ibérique dans le cadre de la guerre contre les musulmans d’al-Andalus entre les IXe et XIIe siècles. Ces groupes aristocratiques se distinguent progressivement et selon des rythmes différents de la masse des hommes libres en concentrant les pouvoirs et les terres, la richesse acquise au service du roi et en participant au peuplement et à la défense des territoires frontaliers. Pour ces individus, si la pratique de la guerre reste toujours leur raison d’être, la frontière avec le monde musulman constitue un formidable champ des possibles.

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Bible de Maciejowski, The Morgan Library, Ms. 638, fol. 10r ; Wikicommons  

Les élites armées

Xavier Hélary (SU)

Tout au long du Moyen Âge en Occident et contrairement à d’autres aires civilisationnelles, l’usage des armes a été le privilège des élites laïques et a largement contribué à la définition de la noblesse, même si d’autres critères ont pu entrer en ligne de compte. L’objectif de cette proposition est double : d’une part, redéfinir la culture guerrière en Occident en lien avec les conditions d’exercice du métier des armes ; d’autre part, proposer la constitution d’un recueil de documents traduits, extraits de sources de toutes sortes (historiques, littéraires, diplomatiques, archéologiques, iconographiques), couvrant le millénaire médiéval et l’ensemble de l’Occident. S’inscrit dans ce projet un volet spécifiquement consacré à l’étude de la chevalerie en Europe : amorcé au Centre Roland-Mousnier en 2012 et poursuivi dans un autre contexte, ce projet pourrait être mené à bien dans le cadre du Centre Roland-Mousnier.

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Illustration projet 1 : statue de Charles d’Anjou par Arnolfo di Cambio, Rome, Musée palatin ; Wikicommons.

Jean, seigneur de Joinville (v. 1225-1317)

Xavier Hélary (SU)

Bien connu des médiévistes, historiens et littéraires, Jean, seigneur de Joinville, le sénéchal de Champagne, a été surtout étudié dans son rapport à son ami le roi, tel que la Vie de Saint Louis permet de le saisir. D’autres sources peuvent toutefois être sollicitées, parmi lesquelles se distinguent principalement le commentaire du Credo et l’ensemble des chartes produites par Joinville, recensées en 1912 par Henri-François Delaborde mais dont un certain nombre demeurent inédites. L’objectif est de publier une monographie sur le personnage, dont la longévité permet de saisir les évolutions que connaît la chevalerie au cours d’un long XIIIe siècle.

Alquézar
Le site d’Alquézar

Les premiers temps d’al-Andalus, VIIIe-IXe siècles

Philippe Sénac (SU)

Les recherches en histoire et archéologie portent sur l’Espagne du haut Moyen Âge, spécifiquement les VIIIe et IXe siècles. Trois domaines principaux sont explorés : l’étude des plombs et des monnaies d’époque omeyyade en al-Andalus et dans le sud de la Gaule, la conversion à l’islam des lignages autochtones de la vallée de l’Èbre, et la présence arabo-musulmane en Narbonnaise et dans la Tarraconaise. Ces recherches permettent de mieux comprendre les mécanismes de la conquête arabo-berbère de l’Espagne wisigothique, les liens des élites nouvellement converties avec les autorités franques, ainsi que le rôle des évêques dans la nouvelle administration.

Coronica do Condestabre de Purtugall, éd. Germão Galharde, 1526

Édition en traduction française de L’Histoire du connétable Dom Nuno Álvares Pereira (v. 1360 - 1431).

Romain Telliez (SU)

L’Histoire du connétable Dom Nuno Álvares Pereira occupe une place de premier choix dans l’historiographie du royaume de Portugal au Moyen Âge ; elle est en revanche très méconnue du lectorat non-lusophone. Ses points de convergence avec nombre d’autres chroniques européennes de la fin du Moyen Âge sont pourtant frappants, outre l’intérêt intrinsèque d’un récit surchargé de modèles éminemment normatifs. Nous nous proposons d’en fournir une présentation et une traduction en français.

Sous-axe 4
Recevoir et réinterpréter le passé
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Boccace, Des cleres et nobles dames (trad. fr. anonyme), fin XVe-début XVIe s.,
Paris, BnF, ms. fr. 599, fol. 39v : la Reine de Saba.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10515437z/f82.item.zoom

Le pouvoir au féminin. Modèles et anti-modèles bibliques du IIIe au XVIIe siècle.

Marielle Lamy (SU), Sumi Shimahara (SU)

De la fin de l’Antiquité jusqu’au XVIIe siècle, la Bible constitue une référence majeure pour les théologiens comme pour les philosophes, les écrivains et les auteurs de théâtre. La recherche s’intéresse à la fois à la manière dont des figures bibliques ont été mobilisées pour valoriser ou disqualifier des femmes de pouvoir, et à la manière dont des personnages bibliques féminins incarnant une forme de pouvoir ou d’action politique ont été présentés et réinterprétés au fil des siècles.

BnF lat. 7843, f. 29v (détail), Incipit Solent nonnulli quos ego et eruditam priscorum eloquentiam et ipsa, ut aiunt, humanitatis studia diutius flagrasse cognovi d’un discours du dominicain Gioacchino Castiglioni

Les voies détournées de l’humanisme
Pratiques humanistes dans les ordres religieux en Italie à la fin du Moyen Âge

Cécile Caby (SU)

Ce projet au long cours entend explorer les contextes spécifiques, les acteurs et les modalités (genres et typologies discursives) de la pénétration des pratiques humanistes dans les pratiques culturelles des ordres religieux, d’abord en Italie et peu à peu dans toute la Chrétienté latine. Deux domaines sont au cœur de ces recherches: les pratiques épistolaires emblématiques de l’humanisme (lettres familières et recueils épistolaires) qui sont adoptées par certains individus dans les ordres religieux de l’Italie du Quattrocento modifiant en profondeur leurs relations avec la société ambiante; les pratiques oratoires pour comprendre comment les nouvelles formes humanistes du discours « à la manière de Cicéron » parviennent à conquérir progressivement une place dominante en Italie, notamment dans des milieux comme les ordres religieux, traditionnellement considérés comme les principaux opposants à l’humanisme.

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Journal de Philippe Blocquiel, abbé de Saint-Aubert de Cambrai, Archives départementales du Nord, 36H431, f°40r°.

Fabriquer la mémoire urbaine en temps de guerre

Adrien Carbonnet (SU)

Les journaux et mémoires de Gérard Robert, moine de Saint-Vaast d’Arras, et de Philippe Blocquiel, abbé de Saint-Aubert de Cambrai, couvrent une période s’étendant des années 1460 aux années 1510. Ces textes constituent une source précieuse pour approcher la vie urbaine, notamment au temps de la guerre de Succession de Bourgogne. Peu connus des historiens par rapport à d’autres œuvres – tel que le Journal d’un bourgeois de Paris –, ces écrits monastiques s’inscrivent dans un mouvement d’écriture de l’histoire qui fleurit dans les villes au xve siècle. Nous en proposons une édition critique et en grande partie inédite.

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Histoire de Jésus anonyme (avant 1243), Paris, Arsenal, ms. 5204 (XIVe s.), fol. 1.

La vie de Marie et de Jésus mise en roman. Poèmes français des XIIe et XIIIe siècles.

Marielle Lamy (SU)

Du milieu du XIIe siècle au milieu du XIIIe siècle, on voit fleurir des poèmes en français offrant au public un récit de la vie du Christ et/ou de sa mère. Ces poèmes constituent une réécriture parfois très libre de certains épisodes évangéliques, qu’ils enrichissent également de nombreux ajouts en amont et en aval des événements traités dans le Nouveau Testament. Face à ces textes, on est amené à s’interroger sur les sources qu’ils mobilisent, sur le genre littéraire auquel les rattacher, et sur leurs intentions comme sur les attentes du public visé, entre édification et divertissement.

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Psautier de Corbie (IXe siècle), Amiens, Bibliothèques d'Amiens Métropole, Ms 18, f. 1v

La Bible à l’époque carolingienne

Sumi Shimahara (SU)

L’exégèse biblique connaît un essor remarquable à l’époque carolingienne et fournit un corpus foisonnant, encore en partie inédit, qui peut s’étudier en soi mais aussi au regard des usages de la Bible dans d’autres champs documentaires.
Le projet porte principalement sur la tradition herméneutique des livres de Daniel, Jérémie et des Psaumes, tout particulièrement des psautiers illustrés. Il vise aussi à saisir les usages de ces livres bibliques dans des contextes non-exégétiques. Le projet contribue aussi à préciser la connaissance de la Bible carolingienne et de son étude.

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Emotions, dévotions, sensations
Jean Fouquet, Le martyre de sainte Apolline, Livre d’heures d’Etienne Chevalier (c. 1452-1460).

Une histoire sociale, sensible et matérielle des spectacles, XVe-XVIe siècles.

Marie Bouhaïk-Gironès (CNRS)

Le programme de recherche pour une histoire sociale, sensible et matérielle des spectacles (XVe-XVI s.) s’attache à problématiser l’étude du théâtre et des spectacles comme acte de travail. Il entend permettre un basculement pragmatique de l’histoire du théâtre (dit ‘médiéval’ qui est assurément renaissant), par le déplacement de l’horizon épistémologique du champ d’études sur le théâtre vers l’histoire des pratiques, l’historicisation de l’analyse de ses formes et l’attention portée à ses acteurs.

Le marché au grain d’Orsanmichele, à Florence, en temps de pénurie (tiré d’un mss. du 14e s. de Domenico Lenzi, Specchio Umano [ou Libro del Biadaiolo], Bibl. Laurentiana, Florence).

Les émotions alimentaires en ville

Fabien Faugeron (SU)

Le projet entend interroger la perception sensorielle et émotionnelle des témoins (voyageurs, pèlerins) mais aussi des acteurs (artisans, commerçants, clients et mangeurs) de la distribution et de la consommation alimentaires en ville. Le « fait alimentaire » mobilise en effet de nombreuses émotions en lien étroit avec les sens : étonnement, surprise, admiration devant la profusion et la diversité des denrées échangées dans les grandes cités, mais aussi vigilance, crainte, peur ou encore colère. Un chapitre d’un ouvrage collectif est cours de préparation : « Emotions urbaines et goût de la ville : perceptions / réalités du marché et de la table des citadins dans les derniers siècles du Moyen Âge, entre identité et altérité ».Le projet porte principalement sur la tradition herméneutique des livres de Daniel, Jérémie et des Psaumes, tout particulièrement des psautiers illustrés. Il vise aussi à saisir les usages de ces livres bibliques dans des contextes non-exégétiques. Le projet contribue aussi à préciser la connaissance de la Bible carolingienne et de son étude.

Sous-axe 6
Une Europe capétienne ?
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Vue en situation de l'HistoPad de la salle des cuisines du Palais de la Cité (Conciergerie de Paris) sous Charles V.

Étude comparative des réceptaires produits dans les derniers siècles du Moyen Âge.
Formation des cuisines et des goûts régionaux / “nationaux”, circulation des recettes et des pratiques alimentaires en Europe.

Fabien Faugeron (SU)

Le travail entrepris dans le cadre d’un ouvrage collectif (à paraître) sur trois versions manuscrites – une toscane, une bolonaise et une vénitienne – d’un même livre de recettes a ainsi permis d’appréhender certaines spécificités du « goût de Venise » et contribué à éclairer la genèse des cuisines régionales en Europe. Dans le prolongement de cette enquête, je souhaite lancer un nouveau projet sur “l’influence culinaire française et la diffusion/adaptation du Viandier en Europe aux 14e et 15e siècles” qui pourrait s’intégrer à un programme plus vaste, en collaboration avec des collègues intéressés, consacré à la circulation européenne des modèles curiaux français (13e-15e s.).

Traduction du Livre du gouvernement des roys et des princes par Henri de Gauchy, XVe s. Paris, Bibliothèque nationale de France, ms. fr. 1202, f. 1r.

La formation des idées : Conversations sur la pensée politique de Gilles de Rome.

Frédérique Lachaud (SU)

Bien que le De regimine principum de Gilles de Rome (dédié au futur Philippe IV le Bel) ait déjà fait l’objet d’importants travaux, de nombreux aspects de ce texte, de son influence et de son rapport à la pensée de son temps pourraient encore faire l’objet d’études, tout comme sa place dans l’ensemble de la production de Gilles de Rome et plus largement dans le contexte politique de l’époque, notamment la royauté capétienne et son influence.

©Jacqueline Vivario, d’après Matthieu Paris, Chronica Majora (Cambridge, Corpus Christi College, ms. CCC 16 II, f. 56r).

L’invasion oubliée : L'expédition anglaise de Louis de France (1215-1217) dans son contexte européen

Frédérique Lachaud (SU)

Le projet « L’invasion oubliée : l’expédition anglaise de Louis de France (1215-1217) dans son contexte européen » a pour objet de revenir sur un épisode méconnu des relations entre les principautés du nord-ouest de l’Europe au début du XIIIe siècle.

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Illustration projet 1 : statue de Charles d’Anjou par Arnolfo di Cambio, Rome, Musée palatin ; Wikicommons.

Les Capétiens et l’Europe (XIe-XIVe siècle)

Xavier Hélary (SU)

Souvent étudiés en eux-mêmes dans le récit de l’accroissement progressif de leur pouvoir, renouvelé récemment par Dominique Barthélemy, les Capétiens ont été moins envisagés dans leur rapport aux autres pouvoirs de leur temps, sauf pour la papauté, avec les recherches de Julien Théry. La proposition est ici d’étudier la façon dont les Capétiens ont été vus par leurs voisins plus ou moins lointains, en Angleterre, dans l’Empire, en Italie. Comme souvent, le décentrement du regard permettra également de reprendre à nouveaux frais les sources en apparence bien connues : sur la suggestion de Dominique Barthélemy, est ainsi envisagée la traduction, en collaboration, de la Chronique de Morigny, source fondamentale pour la première moitié du XIIe siècle capétien. Un projet annexe comprend la coordination d’un groupe de travail, dont les contours sont à définir, qui se donnera pour objectif la préparation d’un volume sur le concile de Lyon, en 1245, au cours duquel le pape Innocent IV (1243-1254) dépose l’empereur Frédéric II (1220-1250).

Sous-axe 7
Interactions dans la société carolingienne et seigneuriale

Les chercheurs, réunis dans ce sous-axe travaillent sur les interactions sociales, politiques, culturelles et religieuses dans l’Occident, depuis Al Andalus jusqu’à la Grande-Bretagne, entre le très haut Moyen Âge et le XIIIe siècle.

Les intéractions dans l'Histoire des paix diocésaines

Dominique Barthélemy (SU)

Il s’agit de mener une enquête exhaustive dans les sources et l’historiographie de la paix diocésaine et de la trêve de Dieu, entre 989 et 1263, et de progresser à la fois dans l’établissement et la compréhension des textes et dans l’analyse historique. La notion clé est celle d’entreprise : elle repose sur une étude d’interactions substituée ici au concept flou et en partie trompeur de « mouvement de paix ». L’objectif est la rédaction d’un livre de référence.

Programme « Epistolaire politique »

Bruno Dumézil (SU), Laurent Vissière (SU)

Malgré toute sa richesse, la dimension politique de l’épistolaire au Moyen Âge reste un terrain historiographique peu défriché, et il en va d’ailleurs de même avec l’ensemble du champ épistolaire. Le constat, à vrai dire, n’est pas neuf : en 1976, Giles Constable déplorait déjà que « l’étude sérieuse des lettres et des collections de lettres en tant que type de source historique est l’une des branches les moins développées de l’historiographie médiévale » . Le genre épistolaire intéresse en revanche, et depuis longtemps, les historiens des autres périodes, notamment de l’Antiquité et de la période moderne , ainsi que les spécialistes de la littérature, toutes périodes confondues. On ne dispose, pour le Moyen Âge, d’aucune vue d’ensemble du genre épistolaire, ce qui n’empêche pas, bien entendu, des études ponctuelles, des éditions de texte et des initiatives tout à fait stimulantes.

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Matthieu Paris, Historia Anglorum : portrait de Jean sans Terre (British Library, ms. Royal 14 C VII), source illustration : wikipédia

Interactions dans la société carolingienne et seigneuriale

Frédérique Lachaud (SU)

Ce projet concerne les mécanismes du pouvoir et la culture politique en Angleterre aux XIIe et XIIIe siècles. Il comporte deux volets : une série d’études sur le règne de Jean sans Terre (1199-1216) et un ouvrage sur la culture politique londonienne autour de 1200.

Projet dignitaires de Marmoutier
Arch. dép. Eure-et-Loir, H2267 n°1

Enquête sur les moines et les dignitaires de l’abbaye de Marmoutier XIe-XIIe siècles

Claire Lamy (SU)

Ce projet repose sur la constitution d’une base de données prosopographique des dignitaires de l’abbaye de Marmoutier. Ce travail s’inscrit dans le programme de recherche franco-allemand COENOTUR, dirigé par Elisabeth Lorans (Univ. de Tours) et Philippe Depreux (Univ. de Hambourg). La recherche vise à mettre en valeur de quelle façon ces individus animent le réseau de leur communauté et construisent les rapports sociaux avec les partenaires laïques et ecclésiastiques. A l’échelle des communautés, il s’agit d’identifier qui est le plus tourné vers les relations extérieures, de préciser les profils personnels et familiaux des dignitaires ; à l’échelle du réseau de la communauté monastique, on mesurera la circulation des dignitaires, la fréquence et les circonstances des déplacements.

La conquête de la péninsule Ibérique au début du VIIIe siècle

Philippe Sénac (SU)

Suite de l’attribution récente d’un prix de l’Académie des inscriptions et Belles Lettres, on procèdera à la rédaction de la seconde édition d’un ouvrage publié en espagnol à Grenade en 2017 consacré à la conquête de la péninsule Ibérique au début du VIIIe siècle grâce à la découverte récente de nouveaux témoignages matériels sous la forme de sceaux à caractères coufiques d’époque omeyyade. Cet ouvrage sera publié en français à l’Ecole des Hautes Etudes Hispaniques et Ibériques (EHEHI, Madrid) avant sa traduction en anglais.

Alquézar
Le site d’Alquézar

Le peuplement musulman pendant le haut Moyen Âge dans la région de Barbastro

Philippe Sénac (SU)

En association avec la Casa de Velázquez, les recherches archéologiques entamées en 2019 sur le peuplement musulman pendant dans le haut Moyen Âge seront l’objet de prospections et de sondages dans la région de Barbastro (Aragon) et sur le site d’Alquézar conquis par les chrétiens en 1067. L’intérêt de cet établissement mentionné dès le VIIIe siècle réside dans le fait que c’est depuis ce lieu que des liens furent noués avec les autorités franques au cours du règne de Charlemagne de part et d’autre des Pyrénées. En collaboration avec plusieurs collègues espagnols de l’Université Autonome de Madrid, une publication sur la notion de frontière en péninsule Ibérique est également en cours.

Sous-axe 8
Histoire culturelle du religieux et du politique

Les chercheurs réunis dans ce sous-axe travaillent à une histoire culturelle du religieux et du politique en Occident se déployant sur un arc chronologique large, de l’époque carolingienne au XVIe siècle.

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Peinture d'Etienne Colaud pour la traduction en français
du Policraticus de Jean de Salisbury,
Bibliothèque Sainte-Geneviève, ms. 1145, f. 3r
(Jean de Salisbury enseignant la philosophie)

Histoire culturelle du religieux et du politique

Frédérique Lachaud (SU)

Ce projet s’inscrit dans les études sur la pensée politique médiévale, avec une référence particulière à l’Angleterre. Il concerne l’œuvre de Jean de Salisbury, en particulier le Policraticus (1159), et l’apport des commentaires bibliques à la connaissance de la pensée politique médiévale.

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Arch. dép. Indre-et-Loire, H201 n°6

Pratiques d’écriture diplomatique en milieu monastique aux XIe et XIIe siècles

Claire Lamy (SU)

Après la publication du recueil des actes de l’abbaye de Marmoutier concernant l’Anjou (fin Xe-milieu XIIIe siècle), les travaux sont poursuivis dans deux directions. Un premier champ de travail est consacré à l’étude des écrits de dépendances dans les ensembles monastiques bénédictins noirs (Xe-XVe siècles) – conditions de production, de conservation des écrits, dans les dépendances et l’abbaye-mère, mais aussi circulation des écrits. Ces travaux, menés avec Jean-Baptiste Renault (Univ. Lorraine), permettent de mieux connaitre l’organisation institutionnelle de ces ensembles monastiques. L’autre champ de recherche s’inscrit dans le projet ANR Rotulus de Jean-Baptiste Renault, pour lequel je me consacre à l’édition et à l’étude des rouleaux de l’abbaye de Marmoutier.

Le projet LEGETIMAM, l’expérience exégétique au Moyen Âge et durant la première modernité (Ve-VIIe s.)

Frédérique Lachaud (SU), Marielle Lamy (SU), Sumi Shimahara (SU)

Le projet LEGETIMAM vise à amplifier les recherches sur les commentaires bibliques, à les envisager sur une période longue de douze siècles, afin de préciser les moments où discours exégétique et pensée politique s’articulent selon de nouvelles modalités. Le projet a aussi pour ambition de recourir à des manuscrits et à des textes inédits. Par ailleurs, en partant de « l’expérience exégétique », nous proposons d’élargir l’approche pour inclure les différentes formes d’appropriation du texte biblique et de son interprétation. Composés à l’origine en latin, les commentaires prennent des formes nouvelles dans les paraphrases ou adaptations bibliques en langue vernaculaire, ils trouvent une expression propre dans le théâtre et dans l’iconographie (qu’elle soit savante ou populaire), leurs procédés sont repris ou imités dans d’autres domaines. « L’expérience exégétique » englobe aussi les aspects matériels de la conception et de la production des manuscrits ordonnés au commentaire et à l’interprétation du texte biblique, indissociables de l’approche intellectuelle.

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Bible carolingienne Charles le Chauve. Dédicace à Charles le Chauve, Bible de Saint-Paul-hors-les-Murs. Rome, Basilique de Saint-Paul-hors-les-murs, Bible, f. 1. Source : Wikimédia

Histoire culturelle et politique de l’époque carolingienne

Sumi Shimahara (SU)

Ce projet sur l’histoire culturelle et politique de l’époque carolingienne s’intéresse tout particulièrement aux discours lettrés, dans leurs diverses dimensions – intellectuelles, matérielles et sociales. Il vise à décoder le discours, en particulier le discours sur le pouvoir, à appréhender la circulation des idées et des personnes qui les portèrent dans ce vaste territoire, à préciser les réseaux de l’échange littéraire, à souligner le rôle des livres dans les enjeux de pouvoir. L’étude porte autant sur la composition des écrits que sur leur lecture. La recherche se concentre sur deux thèmes principaux : la matière biblique et les lettres de dédicace.

Melozzo da Forlì, Sisto IV nomina il Platina prefetto della biblioteca Vaticana, 1477, Pinacoteca Vaticana
Melozzo da Forlì, Sisto IV nomina il Platina prefetto della biblioteca Vaticana, 1477, Pinacoteca Vaticana (Wikimedia Commons)

Essor d’une culture d’élite : l’humanisme

Marie Bouhaïk-Gironès (CNRS), Élisabeth Crouzet-Pavan (SU), Clémence Revest (CNRS)

La mutation de l’humanisme en une culture matricielle de l’élite européenne au cours des XVe-XVIe siècles, à la fois comme répertoire de distinction des gouvernants et des lettrés et comme idéal de représentation de l’homme d’État, est un phénomène central pour l’histoire de l’Europe de la Renaissance. À travers une série importante d’événements internationaux et de publications scientifiques, l’axe « Histoire culturelle du religieux et du politique » s’est affirmé ces dernières années comme l’un des pôles actifs d’un renouvellement historiographique de grande ampleur, qui privilégie une lecture socio-historique et une approche comparatiste de cette révolution à l’usage des dominants.

Domenico Ghirlandaio, Apoteosi di san Zanobi e ciclo di uomini illustri (détail), Firenze, Palazzo Vecchio, Sala dei Gigli (Wikimedia Commons)
Domenico Ghirlandaio, Apoteosi di san Zanobi e ciclo di uomini illustri (détail), Firenze, Palazzo Vecchio, Sala dei Gigli (Wikimedia Commons)

L’âge des « Hommes Illustres » : un programme international

Marie Bouhaïk-Gironès (CNRS), Élisabeth Crouzet-Pavan (SU)

L’axe « Jeux et enjeux des pouvoirs » du Centre Roland Mousnier est l’un des acteurs principaux du programme de recherche international Hommes illustres. Métamorphoses et enjeux d’un répertoire multimémoriel, Italie/Europe, 1300-1700. À travers l’étude de l’essor du motif majeur et foisonnant des « hommes illustres » à la Renaissance, qui fait converger divers registres culturels et collaborer les pratiques littéraires, éditoriales et artistiques, il s’agit d’analyser l’affirmation d’une conscience historique nouvelle et la codification d’un arsenal de légitimation généalogique des pouvoirs, dans une Europe gagnée à la vogue humaniste.

Sous-axe 9
Pratiques du politique et usages sociaux
aux derniers siècles du Moyen Âge

Les chercheurs, réunis au sein de ce sous-axe, travaillent sur l’histoire politique et socio-économique de l’Europe à la fin du Moyen Âge, avec une attention particulière accordée à la France, l’Italie, l’Angleterre, l’Empire, ainsi qu’à l’Orient latin.

L’empereur Henri II ; évangéliaire du Mont Cassin, Ratisbonne, vers 1020-1050 (Bibliothèque Vaticane, Ottoboni lat. 74)2
L’empereur Henri II ; évangéliaire du Mont Cassin, Ratisbonne, vers 1020-1050
(Bibliothèque Vaticane, Ottoboni lat. 74)

Ordre dynastique et nation au Moyen Âge

Jean-Marie Moeglin (SU)

Il s’agit d’analyser la naissance des dynasties territoriales héréditaires qui inscrivent au centre de leur auto-compréhension le lien entre une lignée princière plutôt agnatique et “son” (ou ses) pays. Les notions de « maison » de France, Bourgogne, Bavière, Aragon, Autriche, etc., ou de « sang » d’un pays traduisent tout particulièrement, vers 1250-1350, l’émergence de ces dynasties territoriales et l’affirmation du lien indissoluble qui les lie aux pays qu’elles gouvernent. Cette recherche implique notamment des enquêtes sur la diffusion du terme de « maison », sur l’émergence d’une héraldique nationale, sur les résistances (parfois victorieuses, cf. le cas de la « confédération » suisse) à l’intégration dans l’ordre dynastique.

Soumission de Brescia, Chronique de l’expédition romaine d’Henri VII, Trèves, vers 1330, Coblence (Landeshauptstaatsarchiv, cod. ICI)
Soumission de Brescia, Chronique de l’expédition romaine d’Henri VII, Trèves, vers 1330, Coblence (Landeshauptstaatsarchiv, cod. ICI)

Histoire des rituels politiques

Jean-Marie Moeglin (SU)

Cette recherche sur l’histoire du rituel de la corde au cou s’appuie sur un corpus le plus exhaustif possible des attestations de ce rituel de l’Antiquité à l’époque moderne et contemporaine. J’étudie parallèlement les sens et les fonctions, ainsi que leurs variations et évolutions, de ce rituel à l’intérieur de la société médiévale. J’analyse tout particulièrement le moment clef, situé entre le XIe et le XIVe siècle, quand le concept de majesté, en tant qu’affirmation du pouvoir souverain en soi, a rencontré le rituel de la corde au cou ; la majesté a trouvé dans ce rituel un dispositif qui lui permettait de s’affirmer comme l’horizon ultime de tout pouvoir de vie et de mort ; l’essence même du pouvoir auquel l’on ne peut s’opposer, sans pour autant casser les équilibres fragiles sur lesquels reposait l’exercice du pouvoir à l’intérieur de la société dite « féodale ». Je m’intéresse par ailleurs à d’autres rituels politiques tels que celui du vœu.

Écritures grises. Les instruments de travail des administrations (XIIᵉ-XVIIᵉ siècle), études réunies par Arnaud Fossier, Johann Petitjean et Clémence Revest, volume 58 de la collection Études et rencontres de l’École des chartes.

Écritures grises

Clémence Revest (CNRS), Arnaud Fossier (Univ. de Bourgogne), Johann Petitjean (Univ. de Poitiers).

C’est à la croisée de l’histoire de la construction de l’État moderne et de celle des techniques de l’écrit qu’a été mené le projet Écritures grises, dont Clémence Revest (CNRS-Centre Roland Mousnier) a été l’une des pilotes, avec Arnaud Fossier (Univ. Bourgogne) et Johann Petitjean (Univ. Poitiers). De ce programme de recherches international commencé en 2012 et ponctué par une série d’ateliers à Rome, Avignon et Paris, est issu un volume co-édité par l’École des Chartes et l’École française de Rome en 2019, qui propose une approche inédite de la genèse de l’administration publique entre le XIIe et le XVIIe siècle, dans une Europe méditerranéenne ouverte à d’autres espaces de comparaison.

Livre-Rouge-1
Le Livre Rouge de l’échevinage d’Abbeville (fin du XIIIe siècle - 1516), Paris, Honoré Champion (coll. « Histoire et archives »), à paraître en novembre 2020

Le Livre Rouge de l’échevinage d’Abbeville (fin du XIIIe siècle - 1516)

Romain Telliez (SU)

Édition critique intégrale du Livre Rouge, registre manuscrit de 255 feuillets rescapé du bombardement incendiaire de juin 1940 qui détruisit en quasi-totalité les riches archives anciennes de la municipalité d’Abbeville (Somme). Il consigne la mémoire des milliers de procédures criminelles diligentées par les maire et échevins sur deux siècles, permettant d’illustrer leur activité judiciaire et ses évolutions ; à la fois archive, aide-mémoire pour les juges, lieu de conservation de la procédure et preuve de la juridiction en actes exercée par la ville, le Livre Rouge permet d’étudier les divers enjeux sociaux et politiques du contrôle des comportements.

Le Registre des calenges du bailli d’Arras, 1362-1376

Romain Telliez (SU)

Le Registre des calenges illustre la coopération des diverses juridictions médiévales (en l’espèce,  celle du bailli d’Arras pour le comte d’Artois et celle des échevins de la ville), longtemps saisies par l’historiographie sous l’angle exclusif de leur compétition. Il documente, sur une quinzaine d’années mais de manière systématique et assez précise, toutes les poursuites assurées par les échevins sur l’ordre (« calenge ») du bailli comtal. Document entièrement original, jusqu’alors quasiment passé inaperçu des historiens, rescapé d’archives fortement mises à mal par les destructions de la Première Guerre mondiale, il est ici édité avec traduction intégrale du franco-picard en français moderne.

René d’Anjou, Le mortifiement de vaine plaisance, 1455
René d’Anjou, Le mortifiement de vaine plaisance, 1455
© Metz, BM, Ms 1486 (v. 1470).

Horizons barrés. Réalités, pratiques et hantises de la guerre de siège au XVe siècle

Laurent Vissière (SU)

Dans le cadre d’une thèse de HDR, sous la direction du professeur Élisabeth Crouzet-Pavan, j’ai entrepris une étude, non seulement militaire et tactique, mais surtout sociale et anthropologique de la guerre de siège au XVe siècle. Il s’agit de comprendre comment vit et survit une population enfermée dans l’espace exigu de son enceinte durant un siège, comment elle se prépare à l’épreuve, comment elle la commémore ensuite. C’est le point de vue des assiégés qui est privilégié.

Thomas de Saluces en roi Arthur et Riccarda Visconti en reine Lampeto
Thomas de Saluces en roi Arthur et Riccarda Visconti en reine Lampeto,
fresque du château des marquis de Saluces, à La Manta, vers 1420.

L’Italie du long Quattrocento : Influences, interactions, transformations

Laurent Vissière (SU)

L’Italie du Quattrocento est souvent présentée comme un espace clos où mûrit la Renaissance, mais c’est au contraire un espace extrêmement perméable aux influences étrangères. Avec Élisabeth Crouzet-Pavan, Pierre Savy (EFR), Alain Marchandisse (Université de Liège) et Francesco Senatore (Université de Naples), nous proposons une autre approche de la période par un cycle de colloques.

Le duc de Normandie (Grand armorial équestre de la Toison d’or)

Des léopards au pays des lys : la Normandie entre France et Angleterre (XIIIe-XVIe s.)

Laurent Vissière (SU)

Entre le XIIIe et le XVIe siècles, la Normandie fut au centre des querelles entre les royaumes de France et d’Angleterre. Elle fut aussi l’une des plus riches et des plus brillantes provinces de France ; et si elle pâtit beaucoup des guerres, elle bénéficia aussi des influences croisées de deux sphères culturelles rivales. Avec Lydwine Scordia (Université de Rouen), Amable Sablon du Corail (Archives nationales), ainsi que Frédérique Lachaud, nous reviendrons donc sur cette question dans un cycle de colloques. Le premier est programmé pour octobre 2021 (Rouen) et le second pour le printemps 2022 (Paris).

Frontispice du Panegyric du Chevallier sans reproche de Jean Bouchet, Poitiers, 1527
Frontispice du Panegyric du Chevallier sans reproche de Jean Bouchet, Poitiers, 1527.

Le Panegyric du Chevalier sans reproche de Jean Bouchet

Laurent Vissière (SU)

En 1527, le grand rhétoriqueur poitevin Jean Bouchet (1476-1557) publia une biographie de Louis II de La Trémoille, mort deux ans plus tôt à la bataille de Pavie : le Panegyric du Chevallier sans reproche. Cette œuvre énorme ne connut qu’une seule édition du temps de l’auteur et quelques éditions partielles, sans aucune valeur scientifique, au XIXe siècle. Dans le cadre des Œuvres complètes de Jean Bouchet, dans la collection des Classiques Garnier, j’en prépare l’édition avec François Cornilliat.

Axe 3
Histoire du judaïsme et des minorités religieuses (XVe-XXe siècles)

Mécanismes, idéologies, représentations

L’histoire des minorités religieuses et les études juives en particulier occupent une place importante au Centre Roland Mousnier,
qui accueille, avec le Centre Alberto Benveniste de l’École Pratique des Hautes Études, un ensemble de chercheurs titulaires et associés
intéressés par une histoire politique, économique, sociale et culturelle des juifs et du judaïsme ainsi que des minorités religieuses à l’échelle de l’Europe et de la Méditerranée, du Moyen Âge à nos jours. Si les approches comparatives et la diversité des populations juives ont une part majoritaire dans les recherches conduites dans cet axe, les thématiques relatives à d’autres minorités religieuses,
comme les uniates trouvent aussi leur place.

Sous-axe 1
Histoire culturelle et intellectuelle
des sociétés juives du passé

L’histoire culturelle et intellectuelle des populations juives constitue un axe important des travaux des chercheurs de l’axe 3. Une attention particulière est accordée aux sources, aux représentations et aux acteurs du judaïsme ancien ou contemporain.

L’hybridité dans le judaïsme

Jean-Christophe Attias (CNRS/EPHE)

Jean-Christophe Attias développe une recherche autour de la question de l’hybridité dans le judaïsme, concept entendu au sens large, autour de trois pistes principales. La première est doctrinale et culturelle : jusqu’à quel point, dans des contextes socio-historiques variables, le judaïsme s’est-il autorisé à accueillir – en les adaptant – les apports de systèmes de pensée et de représentation concurrents, ou dans quelle mesure le judaïsme est-il lui- même le produit d’une hybridation doctrinale et culturelle ? La deuxième est sociale : de quelle manière le judaïsme, minorité dispersée, a-t-il construit des « frontières » symboliques susceptibles de le protéger de la menace de dissolution dans son environnement ? La troisième est, enfin, anthropologique : que fait le judaïsme de l’interdit du « mélange », qu’il s’agisse du mélange du semblable ou du mélange du dissemblable (mélange des semences dans un même champ, mélange des produits lactés et carnés, inceste, homosexualité, intermariage, conversion, etc.) ?

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Portrait de Shmuel Hugo Bergmann

La culture juive allemande dans les États allemands et dans l’aire germanophone européenne

Dominique Bourel (CNRS)

Les travaux d’histoire sur la culture juive allemande de Dominique Bourel dépassent nécessairement le strict cadre des juifs présents en Allemagne ou dans l’aire germanophone européenne pour intégrer les émigrations juives de la Mitteleuropa vers le monde extérieur depuis les débuts du XIXe siècle jusqu’en 1945. Ses recherches s’articulent autour de deux figures du judaïsme qui s’inscrivent dans deux moments historiques distincts: la toute fin du XVIIIe siècle pour Lazarus Bendavid et le premier XXe siècle pour Shmuel Hugo Bergmann. Lazarus Bendavid est un philosophe et un pédagogue prussien qui, bien que mathématicien de formation, a contribué, au travers de ses commentaires de la pensée de Kant, à la naissance de la « science du judaïsme ». Avec Shmuel Hugo Bergmann, il s’agit d’un sionisme culturel et humaniste fort oublié aujourd’hui. Juif de Prague, en classe avec Kafka, Shmuel Hugo Bergmann sera bibliothécaire, puis premier recteur de la jeune université hébraïque de Jérusalem, où il enseignera la philosophie.

Sous-axe 2
Histoire économique et sociale des juifs
dans l’espace européen et méditerranéen (XVIe-XXe siècles)

L’histoire économique et sociale des juifs d’Europe et de Méditerranée constitue un champ d’étude international particulièrement fécond et en constant renouvellement. La grande variété des activités économiques des juifs et la diversité de leur condition juridique et sociale dans le temps et dans l’espace est au cœur des recherches conduites au Centre Roland Mousnier. Elles s’organisent autour d’enquêtes individuelles ou collectives faisant la part belle tant aux archives et à la réflexion méthodologique sur les sources qu’aux méthodes quantitatives et aux humanités numériques.

SPORES : Les familles de la grande bourgeoisie juive parisienne : patrimoine, spoliations et restitutions (1940-2018)

Cyril Grange (CNRS), Corinne Le Chevanton-Gomez (CNRS)

Ce projet de recherche, qui bénéficie d’un financement de Sorbonne Université de 2019 à 2021 (Programme Émergence), traite du devenir de familles de la grande bourgeoisie parisienne pendant l’Occupation sous l’angle de la spoliation économique dont elles ont été les victimes. Sa particularité est l’approche « prosopographique » retenue. Ce sont des processus individualisés, des itinéraires de spoliation qui seront mis au jour pour un groupe de familles relevant majoritairement du secteur bancaire, financier et du négoce.

Les élites juives dans les villes-capitales - Berlin, Londres, Paris et Vienne (XIXe-XXe s.)

Cyril Grange (CNRS)

Cyril Grange développe depuis plusieurs années un programme de recherche d’histoire comparée des élites juives de Berlin, Londres Paris et Vienne de la seconde moitié du XIXe siècle à l’entre-deux-guerres. Son objectif est d’établir le mode d’inscription de chacune de ces populations d’élites au sein de la communauté juive, au sein des élites locales chrétiennes et, d’une manière plus générale, au sein de la société globale, ceci notamment en fonction de la situation institutionnelle des juifs dans ces sociétés d’accueil dont la chronologie des lois d’émancipation diffère.

Géo-J : un atlas géomatique et multimédia de la présence juive en Europe du Sud (XVe-XIXe siècles)

Michaël Gasperoni (CNRS), Paraskevi Michailidou (SU), Luca Andreoni (UnivPM), Davide Mano (UNISTRA)

Cet atlas a pour but d’étudier et de rendre accessible la longue histoire de la présence juive en Europe du Sud. Son format numérique et multimédia permet d’appréhender un phénomène complexe en mobilisant différentes variables et échelles d’analyse, dépassant ainsi la limite de la représentation descriptive. Construit autour d’une base de données géoréférencée, l’atlas constituera un outil de mise en œuvre et de diffusion des connaissances des sociétés juives du passé grâce aux multiples perspectives d’analyse qu’offre la variété des données issues des sources archivistiques, saisies et encodées dans un Système d’Information Géographique (SIG).

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Ketubbah. Venice, Italy, 1750 (Wikimedia Commons)

PICS JEuMed (PIC2017FR2) - Les juifs dans les sociétés de l’Europe Méditerranéenne : une histoire de longue durée (XIVe-XIXe s.)

Michaël Gasperoni (CNRS), Javier Castaño (CSIC)

Désireux de s’émanciper des approches locales trop souvent dominantes dans le champ des études juives, ce Projet de collaboration internationale (anciennement PICS, et désormais International Emerging Actions) financé par le CNRS et le CSIC, se propose d’étudier, de manière comparative et pluridisciplinaire, les populations et les sociétés juives de l’Europe méditerranéenne de la fin du Moyen Âge à la fin de la période moderne. À cet égard, les péninsules Ibérique et italienne constituent deux points de départ et deux exemples particulièrement éclairants, placés au centre du projet.

Sous-axe 3
Minorités chrétiennes

Jusqu’à la fin du XVIIe siècle, les uniates, populations de rite grec reconnaissant la primauté de Rome, jouaient un rôle prépondérant dans la consolidation des frontières de la République polono-lituanienne et dans l’Empire des Habsbourg. Après l’élargissement du territoire russe vers l’ouest, ils subirent brimades et oppressions qui allaient se transformer en persécutions systématiques et aboutir à l’interdiction de leurs pratiques dans tout l’Empire russe.

Minorités chrétiennes en Europe centrale et orientale

Francine-Dominique Liechtenhan (CNRS), Laurent Tatarenko (CNRS/IHMC)

Cette recherche porte sur les grecs catholiques ou uniates d’Europe orientale du XVIe au XIXe siècle. Elle se déploie autour d’un projet individuel de Francine-Dominique Liechtenhan, plus concentré sur le rôle de ces minorités religieuses pendant les trois partages de la Pologne, et d’une recherche collective codirigée avec Laurent Tatarenko (CNRS/IHMC) et conçue sur la longue durée, allant de l’Union de Brest (1596) au décret de Nicolas Ier forçant les uniates à rejoindre l’Église orthodoxe russe (1839). L’objet de cette enquête, qui englobe l’histoire politique, l’histoire des religions, l’histoire sociale, l’histoire économique, mais aussi l’histoire culturelle de populations transnationales, sera d’examiner la place de l’uniatisme ou de l’anti-uniatisme dans la reconfiguration des appartenances et la politisation des populations locales.

Axe 4
Systèmes politiques, de l’Ancien Régime au début de l’époque contemporaine

Dès l’origine, l’histoire politique a figuré parmi les champs d’étude du Centre Roland Mousnier :
 c’est toujours le cas aujourd’hui, et c’est l’axe 4 qui perpétue cette tradition.
Toutefois, au sein du laboratoire, la recherche en histoire politique s’est récemment réorganisée :
deux directions principales se sont nettement dessinées, qui structurent désormais le fonctionnement de l’axe.

D’une part, des chercheurs, réunis au sein du sous-axe 1, consacrent leurs travaux à l’histoire politique de la France d’Ancien Régime, avec une attention privilégiée pour les institutions de la monarchie, entendues au sens large.

D’autre part, des chercheurs, réunis au sein du sous-axe 2, examinent les systèmes impériaux à l’échelle européenne et mondiale, à travers les cas de quelques puissances d’envergure planétaire : l’Espagne, le Portugal et la France.

Sous-axe 1
Institutions françaises d’Ancien Régime

L’histoire des institutions françaises d’Ancien Régime a toujours tenu une place majeure au sein du laboratoire, comme en témoigne, de manière symbolique, le nom qui lui a été attribué : celui de Roland Mousnier, qui fut l’auteur de contributions majeures dans ce champ disciplinaire. Le sous-axe 1 perpétue cet héritage, en privilégiant une certaine approche intellectuelle et un certain type de production scientifique.

L’approche intellectuelle est celle qui faisait déjà la force d’un Roland Mousnier, à savoir la volonté farouche d’articuler, d’une part, l’analyse précise de l’organisation politique et juridique de l’État – au besoin en s’appropriant pleinement les compétences de l’histoire du droit –, et d’autre part, la compréhension totale des conditions économiques et sociales de son fonctionnement.

Quant au type de production historiographique privilégié, il s’agit de l’édition critique de sources essentielles de l’histoire institutionnelle de l’Ancien Régime. L’ambition de ce sous-axe est de mener à leur terme des projets d’érudition – certains engagés depuis des décennies, d’autres définis tout récemment –, avec pour objectif de mettre à la disposition de la communauté scientifique des sources de grande valeur, dans des conditions de publication satisfaisant aux plus grands exigences.

L’une des forces du sous-axe 1 est de pouvoir porter des projets d’édition critique pour les trois siècles de l’Ancien Régime, grâce à des chercheurs spécialistes de chacun d’eux : Sylvie Daubresse et Roseline Claerr pour le XVIe siècle ; Marie-Christine Vignal-Souleyreau pour le XVIIe siècle ; Reynald Abad pour le XVIIIe siècle.

Le parlement de Paris au XVIe siècle : justice, politique et religion

Sylvie Daubresse (CNRS)

Archiviste paléographe et ingénieure de recherche au CNRS, Sylvie Daubresse a pour mission de publier des sources concernant le parlement de Paris et l’Histoire de France au XVIe siècle, sous la forme de bases de données et d’éditions critiques de textes. Elle en assure la valorisation en participant à des colloques et en intervenant dans des séminaires de Master II. Elle en permet la diffusion dans la communauté scientifique grâce à la publication de monographies et d’actes de colloques.

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Portrait de Henri II
conservé au département des Estampes et de la photographie
de la Bibliothèque nationale de France

Mise en ligne et rétroconversion du Catalogue des actes de Henri II

Roseline Claerr (CNRS)

Le Catalogue des actes de Henri II, roi de France de 1547 à 1559, est l’un des volets de la séculaire et prestigieuse Collection des ordonnances des rois de France, commencée sous le règne de Louis XIV, qui référence les textes majeurs à partir desquels ont pu se construire les actions politique, législative, administrative et diplomatique des souverains français non seulement au sein de leur royaume mais également en celui de l’espace européen. Cette grande enquête patrimoniale s’inscrit dans les axes de recherche que le Centre Roland-Mousnier consacre à l’histoire des États et de leurs institutions à l’époque moderne. Son projet de mise en ligne, fruit d’une collaboration entre le Centre Roland-Mousnier et les Archives nationales, facilitera l’accès et l’exploitation de ces sources normatives.

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Fac-similé d’un courrier du cardinal de Richelieu adressé au secrétaire d’État à la Guerre, Abel Servien, le 13 novembre 1634. De la main de Denis Charpentier, secrétaire de Richelieu, il est conservé au Ministère des Affaires étrangères, coll. Mémoires et Documents France, vol. 245, f° 98.

Publication de la correspondance et des papiers d’État du cardinal de Richelieu

Marie-Catherine Vignal-Souleyreau (SU)

La publication de la correspondance et des papiers d’État du cardinal de Richelieu, qui restent inédits pour la période 1636-1642, a pour objectif de mettre à disposition des enseignants-chercheurs, chercheurs, et étudiants un ensemble de sources difficilement accessibles sous leur forme manuscrite, qui n’ont jamais été publiées par le passé, ou qui l’ont été sans annotation au XVIIe siècle. Les problématiques abordées rejoignent celles qu’envisage le Centre Roland Mousnier : histoire politique, histoire des relations internationales, histoire du droit et des institutions, histoire religieuse, culturelle, économique, financière, monétaire, histoire sociale, histoire des idées.

Le président Lefèvre d’Ormesson de Noiseau
parmi ses pairs dans l’Almanach royal de 1769
(BNF, Gallica)

Édition critique du journal du président Lefèvre d’Ormesson de Noiseau (1771-1774)?

Reynald Abad (SU)

Le projet a pour but de publier une édition critique du journal inédit tenu, de 1771 à 1774, par Lefèvre d’Ormesson de Noiseau, président au parlement de Paris. L’initiative en revient, à l’origine, à Wolfgang Mager, professeur à l’Université de Bielefeld : celui-ci fit naguère financer une première transcription du manuscrit, qui fut réalisée par Ronan Tallec, docteur en histoire moderne. L’entreprise a désormais été reprise par Reynald Abad, professeur à la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université, qui travaille à établir la transcription définitive du manuscrit et à rédiger l’appareil critique indispensable à sa compréhension. Cette édition est destinée à paraître chez Classiques Garnier, avec l’aimable autorisation de la famille d’Ormesson, qui détient le manuscrit original du journal.

Sous-axe 2
Analyse des systèmes impériaux​

La monarchie espagnole, la monarchie française et le Brésil forment les terrains à partir desquels s’est développée, au sein du Centre Roland Mousnier, une réflexion sur l’idée de système impérial qui est de plus en plus présente dans l’historiographie mondiale. La manière dont les territoires inscrits dans les empires s’agençaient les uns par rapport aux autres a, en effet, longtemps été réduite à des relations binaires, par exemple sur le mode centre/périphérie. Sous l’effet de l’histoire atlantique ou de l’histoire globale, elle s’est diversifiée depuis une vingtaine d’années avec l’apparition de modèles multinodaux. C’est particulièrement le cas des recherches consacrées à la monarchie espagnole qui ont ainsi résolument dépassé de multiples divisions nationales nées de la fin de l’empire colonial. Elle est de plus en plus envisagée comme une monarchie polycentrique, où les stratégies politiques, diplomatiques, religieuses ou commerciales se jouaient à une vaste échelle, ainsi qu’un espace dans lequel circulaient individus, produits, croyances, cultures et modèles, même s’il était discontinu. La notion de territoire, de sa formation, de son organisation et de son administration, est centrale dans cette approche.

Au sein de ces questionnements, Bertrand Haan s’intéresse à différentes facettes de l’histoire politique de cet ensemble plurinational au XVIe siècle principalement à travers quatre thèmes : la manière dont évolue la conception du politique à un moment déterminant de son émergence, les liens politiques mis à l’épreuve des phénomènes de désobéissance à l’autorité, la construction des identités nationales, et, enfin, les processus de constructions territoriales.

Sur l’administration de l’Empire portugais aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, Laura de Mello a, quant à elle, établi un dialogue critique avec l’historiographie portugaise contemporaine (F. Bethencourt, N. G. Monteiro, A.M. Hespanha) en essayant de mettre en évidence l’importance des contextes historiques spécifiques souvent capables de produire des phénomènes variés et hétérogènes dans l’empire portugais. La question de la distance, d’un côté, et celle de l’expérience personnelle des administrateurs sur place, de l’autre, l’intéressent, en particulier dans le cadre d’un ambitieux programme de travail sur les monarchies et les cours de l’Europe du Sud en exil au tournant des XVIIIe et XIXe siècles.

Dans cette même perspective, François-Joseph Ruggiu anime un groupe de recherche qui travaille à une histoire impériale des colonies et des établissements ultramarins français aussi bien d’Amérique que d’Afrique et de l’Océan Indien. Ce groupe s’intéresse aux continuités entre l’accroissement du territoire du royaume à partir de la fin du XVe siècle et la création des espaces ultramarins appartenant à la Couronne de France, ainsi qu’aux modes administratifs et économiques d’instauration de la relation coloniale entre ces territoires et la métropole. L’enquête sera menée sur la longue durée du milieu du XVIe siècle, lors des premières tentatives d’établissement jusqu’au milieu du XIXe siècle, lorsque la conquête de l’Algérie, et surtout le passage à son occupation territoriale, témoignent d’une nouvelle conception de l’empire.

Territorialiser les espaces modernes, XVe-XIXe siècle

Bertrand Haan (SU)

La construction du territoire est un enjeu de première importance alors qu’en Europe les États centraux se renforcent et que les Européens cherchent à étendre leur domination sur des espaces d’outre-mer. Cette vaste entreprise de reconfiguration, l’ensemble des acteurs, des échelles, des projets et des imaginaires et identités méritent d’être considérés conjointement. Ce projet de recherche collectif entend étudier ces processus de construction mouvants et leurs dimension impériale dans le Vieux comme les Nouveaux mondes.

Le Prince Régent Jean de Bragance quitte Lisbonne – 27/11/1807.

La fuite des rois : Savoies, Bourbons, et Bragances dans la crise de l'ancien régime (1798-1808)

Laura De Mello E Souza (SU)

Le projet porte sur le déplacement de trois cours européennes – celles de Turin, Naples et Lisbonne – dans le contexte de la crise de l’Ancien Régime. Face à l’incursion des armées françaises dans l’Italie et dans la Péninsule Ibérique, les souverains de Sardaigne, Naples et Portugal ont dû quitter leurs capitales, les premiers à deux reprises – en décembre 1798 et février 1806 – et le dernier en novembre 1807, sous la pression des tensions entre la France et la Grande-Bretagne. Le contrôle des points-clefs de la Méditerranée – Cagliari, Palerme, Malte – et de la côte méridionale de l’Amérique du Sud – de Rio de Janeiro à Buenos Aires – a joué un rôle capital dans les alliances alors esquissées et a démontré que la politique de neutralité essayée par ces trois puissances périphériques était impossible.

L’ile de la Tortue, dessin anglais du XVIIe siècle

Pour une histoire impériale des colonies françaises, XVIe-XIXe siècle

François-Joseph Ruggiu, Mathieu Gellard (SU), David Chaunu (doctorant, SU), Marie Houllemare (UPJV)

L’ambition de ce projet est d’écrire une histoire impériale des colonies françaises sur la longue durée à partir d’une approche des relations institutionnelles qui unissaient le royaume et le roi de France avec les colonies de l’époque moderne. Il s’inscrit dans le renouveau de l’histoire impériale tel qu’il a parcouru les historiographies britannique ou ibérique depuis une vingtaine d’années. Au sein du Centre Roland Mousnier, il associe particulièrement François-Joseph Ruggiu, professeur à Sorbonne Université (détaché au CNRS), Marie Houllemare, professeure à l’Université de Picardie-Jules Verne, membre de l’IUF, Matthieu Gellard, MCF à l’Inspé Paris, et David Chaunu, doctorant et ATER à Sorbonne Université.

Axe 5
Cultures du politique et du religieux de la Renaissance au XIXe siècle

Le Centre Roland Mousnier est l’institution de recherche française la plus impliquée dans l’étude, d’une part, des guerres civiles et spécialement des guerres de Religion, d’autre part, des sensibilités et des pratiques religieuses de l’époque moderne. Un 4ème sous-axe « Europe et Renaissance » se propose de rassembler les forces des UFR et laboratoires de Sorbonne Université qui se consacrent à la Renaissance.

Sous-axe 1
L’espace politique à l’épreuve de la guerre civile
(pratiques, discours, gestes)

Il s’agit d’étudier l’implication des populations européennes dans le schisme religieux et les conflits violents qu’il détermine. La crise religieuse qui touche l’Europe au cours du long XVIe siècle est appréhendée non seulement sous l’angle de la quête du salut, mais aussi comme un puissant vecteur de politisation d’une population atteinte dans sa vie quotidienne.

À la croisée de l’histoire de la culture et de l’histoire du politique, dans une démarche résolument pluridisciplinaire mobilisant littérature, sciences sociales, histoire de l’art, il s’agit de considérer les expressions individuelles et collectives – verbales ou non-verbales, orales ou écrites, manuscrites ou imprimées – par lesquelles interviennent des procédures de mobilisation : le geste violent comme langage, le chant et la chanson comme pratique et média, la cour et ses bouffons interagissant sur le service comme fondement du lien politique, le juste et l’injuste, la transcendance en actes, l’innocence et la culpabilité, l’écriture ou le pouvoir en acte, la régulation et le dissensus, la nécessité de l’histoire… Et surtout l’objet des réflexions est ici de conduire une interrogation sur le concept de guerre de religion envisagée dans les intrications d’un désir salvifique et d’une action instrumentalisant le politique ou se confondant avec lui.

Les enfants bourreaux au temps des guerres de Religion (1559-1572)

Denis Crouzet (SU)

Il s’agit de s’interroger sur la présence, dans le temps des violences interconfessionnelles qui déchirèrent la France entre 1562 et 1598, d’enfants catholiques âgés de six à douze ans qui participaient à l’exécution des hérétiques ou s’attaquaient rituellement à leurs cadavres, se faisant ainsi tueurs, massacreurs et tortionnaires. Comment expliquer une telle présence des enfants au cœur de la violence qui emporte le catholicisme militant dans des rêves sanglants ? L’innocence et la pureté de ces jeunes bourreaux sont paradoxalement exaltées dans des chansons, des sermons, et sont impliquées dans les rituels de mise à mort, sorte de théâtre biblique impitoyable, qui confèrent au combat des hommes pour le salut une signification prophétique.

Chanter sa foi. L’espace sonore de l’expression politique et religieuse dans la France du XVIe siècle

Tatiana Debbagi Baranova (SU)

Ce projet est consacré à l’étude de la chanson en tant que média permettant la diffusion des informations politiques et religieuses et au chant en tant que pratique militante pendant les troubles politiques et religieux du XVIe siècle. Il s’agit d’un projet individuel, mené dans le cadre de la préparation d’une habilitation à diriger les recherches, mais qui appuie sur deux projets collectifs : la constitution d’une base de données numérique sur les chansons du XVIe siècle, menée avec le laboratoire de musicologie IREMUS (CNRS) et un séminaire de recherche avec l’URF de musicologie consacré à Artus Désiré.

Les états généraux d’Orléans (décembre 1560-janvier 1561). Gravure de Jacques Tortorel et Jean Périssin (1570).

Servir le prince, servir la République dans l’Europe des XVIe-XVIIe siècles

Matthieu Gellard (SU), Bertrand Haan (SU)

Servir : le terme peut paraître banal aujourd’hui parce qu’il a perdu de sa charge signifiante par rapport à un temps où les rapports interpersonnels ont une dimension prédominante. À l’époque moderne, il est au cœur des liens politiques : il modèle les comportements et les discours et constitue un imaginaire des plus puissants. Il n’a pour autant fait l’objet que de rares études spécifiques : une synthèse européenne embrassant tous les acteurs – au-delà de la noblesse – constitue un apport nécessaire à une anthropologie politique de la première modernité.

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L’effigie en marbre du Cardinal du Perron agenouillé
au-dessus du mausolée construit en 1636 pour lui et son frère
par leur neveu dans la cathédrale de Sens

Jacques Davy Du Perron (1556-1618) : passeur entre les mondes européens

Mark Greengrass (SU)

Prélat, cardinal, diplomate, courtier, poète et rhétoricien, la vie de Jacques Davy Du Perron (1556-1618) traverse plusieurs mondes, en France et en Europe. Admiré par certains, haï par d’autres, Du Perron était une figure emblématique et incontournable de son époque. Ce projet fournit l’occasion de le remettre au premier plan, et d’essayer de comprendre dans toute sa complexité et dans toute sa richesse, son investissement.

Exemple d'interface de consultation (http//projetgordes.fr)

Le Projet GORDES

Sylvie Daubresse (CNRS), Mark Greengrass (SU)

Le projet GORDES (Groupe d’Observation et de Recherches sur les Documents Epistolaires du Seizième siècle), est un projet d’Histoire moderne centré sur l’étude des premières guerres de religion en France, entre 1565 et 1576. Il repose sur la mise en valeur des 31 tomes de la série « K » appartenant au fonds d’archives du Château de Chantilly. Cette série est composée de plus de 7 000 lettres reçues par Bertrand-Raimbaud de Simiane, baron de Gordes, lieutenant général du roi en Dauphiné entre 1565 et 1578.  Il s’agit d’un projet participatif à plusieurs niveaux. Institutionnellement, le projet GORDES est le fruit de partenariats et de conventions conclus entre l’Institut de France, représenté par le conservateur de la Bibliothèque et des Archives du Château de Chantilly, l’Université Paris 13, par l’intermédiaire du laboratoire PLEIADE et du Lab’ TTN, la fondation d’entreprise LA POSTE, et le Centre Roland Mousnier, dont deux membres (Mark Greengrass et Sylvie Daubresse) y participent.

Guerres et sorties de guerres

Nicolas Le Roux (SU)

Il s’agit d’analyser, d’une part, les formes des conflits interconfessionnels du XVIe siècle dans toutes leurs dimensions (guerre, circulation des hommes, des idées, des ouvrages, territorialisation des conflits etc), d’autre part, les modes de retour à la paix civile (accommodements légaux ou informels, politiques d’oubli ou entretien de la mémoire des troubles).

Sous-axe 2
Imaginaires de différenciation

Sont scrutées les interrogations sur les rapports conflictuels entre l’ici-bas et l’au-delà, sur la montée en puissance de cultures du doute sur soi, sur la part de l’angoisse eschatologique comme vecteur de parcours dissociés, sur l’ipséité, happées ou fascinée par des fantasmes et de projections, sur la tentation démonologique qui peut étendre ses imaginaires jusqu’au registre du politique et du social.

Une anthropologie des fictionnalisations de l’altérité suit donc celle des modalités et des pratiques de la rupture de la foi. C’est l’intériorité du sujet croyant qui est ici questionnée dans sa capacité à créer tant des hantises de fin que des attentes de renaissance.

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Humanisme, réformes et conflits religieux

Denis Crouzet (SU)

Grand mouvement de renaissance intellectuelle et culturelle, fondé sur une rupture avec le Moyen Âge, un retour à la culture antique et une foi dans la perfectibilité de l’homme, l’humanisme a nourri les réformes du XVIe siècle dans un contexte d’angoisse religieuse et eschatologique extrême. Dans ce dossier de la Documentation photographique, Denis Crouzet montre le souci de « désangoissement » qui préside aux différentes réformes religieuses et analyse les conflits et la violence déchaînés par la rupture de l’unité chrétienne.

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L’imaginaire du doute (circa 1470-circa 1550) dans la chrétienté européenne.

Denis Crouzet (SU)

Ce projet de recherche vise à mettre en valeur la montée en force d’une subjectivité du doute, qui est une remise en cause de soi. Un délitement de l’intériorité qui procède de plusieurs données qu’il s’agira de reconnaître à travers un jeu dialectique du sujet et de la société.

« Le XVIe siècle est un Héros »

Denis Crouzet (SU)

Cette recherche en cours doit donner lieu à une publication (2021) qui s’intitule : « Le XVIe siècle est un héros » ou Michelet, l’invention de la Renaissance et l’unité du genre humain. Son titre dérive d’une formule de Michelet dans le volume VII de son Histoire de France dans lequel fut inventé, avant Jacob Burckhardt, le concept d’une « Renaissance » succédant à la « tyrannie » du Moyen Âge et précédant un XVIIe siècle de régression. Il s’agit, à partir de cette déclaration de foi personnifiant une séquence historique distinctive, de se poser plusieurs questions : pourquoi le XVIe siècle a-t-il, depuis le milieu du XIXe siècle, été la balise autour de laquelle l’historiographie française a construit la plupart – ou pour être mesuré, certains – de ses grands renouvellements herméneutiques, pourquoi a-t-il joué un rôle quasi-héroïque au sens où les changements qui se lisaient dans son développement factuel ont fait naître en France de nouvelles façons de penser l’histoire et l’art de faire de l’histoire –ainsi avec Lucien Febvre ou Fernand Braudel, entre autres ? Pourquoi le XVIe siècle parle-t-il peut-être plus qu’une autre séquence de l’histoire ?

"Chansons sur l'air de" du XVIe siècle français

Tatiana Debbagi Baranova (SU), Alice Tacaille (IREMUS)

Ce projet est organisé autour de la construction d’une base de données qui recense les chansons se chantant « sur l’air de », c’est-à-dire, publiées ou transcrites sans partition, sur toute la longueur du XVIe siècle et toutes thématiques confondues. Ce projet est conduit en collaboration avec Alice Tacaille, maîtresse de conférences habilitée en musicologie (Sorbonne Université), et avec le centre de recherche IREMUS (musicologie, CNRS).

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La Folie en chaire, dessin à la plume réalisé par Hans Holbein dans les marges de l’Éloge de la Folie d’Érasme (1515), Cabinet des arts graphiques du Kunstmuseum Basel.

Rire et dérision en politique au temps des guerres de Religion

Bertrand Haan (SU)

Au début de l’époque moderne, le fou à la cour de France se fait bouffon. Il cesse d’être un simplet dont on se moque ou un simple acrobate qui amuse pour devenir un professionnel de la dérision. Protégé par le souverain, sa popularité s’étend à l’ensemble du royaume. S’il est au service du pouvoir, il dispose d’une marge de manœuvre certaine : tout son art repose sur la transgression. Pendant un siècle et demi trône auprès des souverains une figure incarnant un rire engagé, qui se mêle des combats de l’actualité, mêmes les plus sensibles.

Ascensions et déclassements nobiliaires : Hommes, femmes, mémoires, fidélités.

Nicolas Le Roux (SU)

Ce projet porte sur les formes d’ascension et le déclassement dans la noblesse française ou chez des étrangers venus s’installer en France. Il s’agit de suivre et d’analyser les parcours de personnages nobles de naissance ayant connu des formes variées de distinction sociale, ou au contraire d’hommes et de femmes d’origine roturière ayant connu des ascensions remarquables dans le contexte des troubles de religion. Le facteur confessionnel sera pris en compte pour les promotions comme pour les déclassements.

Sous-axe 3
Catholicismes en transition

Plusieurs points de fixation structurent les recherches : la temporalité du concile de Trente vu comme une réforme de la Réforme entendue dans une longue durée et mise en œuvre par des acteurs qui demande une programmation analytique ; le temps d’une quête de « l’entre-deux confessionnel », le temps d’une « religion française » qui demande de dépasser l’opposition romanité / religion gallicane.

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De Eucharistiæ Sacramento. Tiré du Rituale Pragense ad usum romanum accommodatum, Prague 1645 © Strahovská knihovna, droits réservés.

Les réformes liturgiques catholiques en Bohême et en Europe centrale à l'époque moderne

Nicolas Richard (SU)

Nicolas Richard a rédigé une thèse en cotutelle entre l’Université Charles de Prague et Paris-Sorbonne. Elle portait sur « clergé paroissial et changement religieux dans l’archidiocèse de Prague, entre le Concile de Trente et la fin du XVIIe siècle ». Elle a été soutenue le 9 décembre 2013. Son post-doctorat, comme pensionnaire à la Fondation Thiers (2012-2015), s’intitulait « Universalisme et culture locale en Europe centrale à l’époque baroque : l’exemple des réformes liturgiques en Bohême ». Maître de conférence à Sorbonne Université et membre titulaire du Centre Roland Mousnier depuis l’automne 2020, il développe un projet de recherche à long terme sur les réformes liturgiques catholiques en Bohême, et plus largement en Europe centrale, à l’époque moderne.

Bossuet, une religion française

Jean-Louis Quantin (EPHE)

Jean-Louis Quantin est engagé dans un projet qui pourrait s’appeler Bossuet, une religion française et qui s’efforce à la fois de saisir la forme de catholicisme dont Bossuet s’est fait le défenseur et le porte-parole et de suivre les appropriations idéologiques dont ce modèle, étroitement lié à l’Ancien Régime, fit l’objet au XIXe siècle. Il mettra au premier plan la notion de « styles », telle que l’entend l’historiographie anglo-saxonne récente, à savoir des « synthèses » construites par des groupes en conflit, et qui diffèrent moins par leurs éléments constitutifs que par l’accent mis, parmi ceux-ci, sur les uns ou les autres. Il entend ainsi surmonter l’opposition historiographique tenace entre deux blocs, romanité et religion gallicane (cette dernière fréquemment caractérisée comme « anti- romanisme », comme si elle avait été toute négative), pour caractériser différents « styles » de catholicisme et la manière dont ils se définissent les uns par rapport aux autres. Jean- Louis Quantin sera également associé à un ample projet, dont il est le consultant on patristic scholarship : The Oxford Traherne, édition critique et annotée des œuvres complètes de Thomas Traherne à Oxford University Press prévue en 14 volumes (http://oxfordtraherne.org/). Il édite en collaboration le traité anti-catholique, Roman forgeries, relevant de la tradition anglaise de la philologie confessionnelle (1673).

Sous-axe 4
Europe et Renaissance

Le pôle « Europe et Renaissance » se propose de rassembler les  forces des UFR et des laboratoires de Sorbonne Université qui se  consacrent à la Renaissance. L’Institut de recherche sur les civilisations de l’occident moderne (IRCOM), l’UFR d’histoire et le Centre Roland  Mousnier (UMR 8596) se consacrent en grande partie à l’étude de la  première modernité, tout comme les UFR de littérature française et  comparée, de langue française ou de langues et civilisations. Les  membres de ces institutions ont déjà initié des rapprochements, mais ce  processus doit être encouragé par la création du pôle « Europe et  Renaissance », qui permettra d’organiser des rencontres et de réaliser  des publications. Le pôle renforcera aussi la dimension européenne de la  recherche menée par les chercheurs de Sorbonne Université. Des  contacts nombreux existent déjà avec différentes institutions étrangères et ils doivent être encouragés. Certaines universités avec lesquelles les  relations sont déjà nouées font partie de l’Alliance 4EU+ (Genève,  Milan, Prague), d’autres pas (Liège, Neuchâtel…).

Modernités européennes

Nicolas Le Roux (SU), Alain Tallon (SU), Julien Goeury (SU/EHESS).

Au XIXe siècle, l’historien suisse Jacob Burckhardt a conceptualisé la  Renaissance, à partir du sens qu’avait donné Vasari au terme de Rinascita, comme un mouvement conjoint de résurrection de l’Antiquité  et de découverte du monde et de l’homme. L’émergence de l’individu et  de l’État modernes en auraient été la conséquence. La notion s’est  ensuite imposée aux différentes disciplines et a donné lieu à une  construction historiographique d’une grande complexité. 

Du milieu du XVe siècle au milieu du XVIIe siècle, l’Europe a connu  des transformations profondes. Ce temps de « première  mondialisation » et de rencontres transocéaniques fut celui de réflexions  nouvelles sur la dignité de l’être humain, sur la puissance de sa raison et  de son libre arbitre. Ce fut aussi celui de l’essor de l’imprimerie, qui  bouleversa le rapport qu’entretenaient les hommes avec les textes et, plus fondamentalement, avec le savoir. Ce fut enfin une époque de  tensions résultant de la crise religieuse ouverte avec la Réforme.

Suite à la découverte de civilisations lointaines, mais aussi en raison  des dangers qui la menaçaient, l’Europe s’est constituée comme une aire  culturelle consciente de ses particularités. De véritables figures  européennes ont également émergé, Érasme, première grande figure de  lettré cosmopolite, en étant le modèle. Un siècle plus tard, Descartes, né en Touraine, vécut en Hollande et mourut en Suède : sa disparition, en  1650, fut un véritable événement européen.

Très tôt discutée, parfois contestée, la Renaissance n’est pas une idée  à laquelle il faut renoncer. Souligner sa dimension européenne ne  constitue aucunement l’affirmation d’une supériorité morale de  l’Occident sur d’autres parties du monde. S’il est légitime, à bien des  égards, de « provincialiser l’Europe » (D. Chakrabarty) et de ne plus  « universaliser l’histoire » à partir d’une Europe autrefois érigée en  modèle (S. Subrahmanyam), l’Europe constitue à n’en pas douter une  échelle utile pour comprendre les transformations qui se sont produites  au début de l’époque moderne, à condition cependant d’accepter de  « dé-centrer » l’histoire de la Renaissance (P. Burke), en insistant sur la  diversité des pratiques et des expériences dans des sociétés européennes  elles-mêmes très variées culturellement et socialement.

L’étude de la Renaissance suppose par essence une approche  pluridisciplinaire. Histoire, littérature, langues et civilisations, histoire  de l’art ou musicologie, toutes ces disciplines doivent être amenées à  collaborer ou à dégager des synergies permettant d’initier des champs  de recherche nouveaux. Les circulations des hommes et des femmes,  mais aussi des idées, des références, des modèles et des objets, sont  essentielles à étudier, spécialement aujourd’hui.

Axe 6
Histoire du monde

Cet axe coordonne les recherches menées sur les relations, les échanges, les transferts que des sociétés et des cultures élaborent entre elles, qu’elles soient proches ou bien éloignées spatialement les unes des autres. Les chercheurs proposent différentes approches de ces interactions – politiques, économiques, sociales et culturelles – et les associent souvent.  Les confrontations violentes ne sont pas négligées, à travers la conquête, le conflit, l’exploitation et la domination, comme sont envisagés les modes de résolution des affrontements.

Sous-axe 1
Histoire internationale de l’Europe et du monde

La notion d’ « histoire internationale » permet de trouver un équilibre entre l’étude de la sphère étroite de la décision et celle des sociétés, pour aborder les constructions internationales en intégrant les déplacements humains, l’opinion publique et les résistances populaires. Une telle histoire internationale permet un dialogue interdisciplinaire avec des chercheurs dans le domaine du droit, de la littérature, des sciences ou de l’art. Pour les périodes médiévale et moderne, en donnant une nouvelle impulsion à l’histoire des cours et des relations internationales dans une approche plurielle.

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L’arrivée de la lettre du roi de Siam à Versailles

Les relations internationales

Lucien Bély (SU)

Les relations internationales comme étude des sociétés confrontées à la violence de guerre et des recompositions géopolitiques issues des négociations diplomatiques, des congrès de paix et de l’application des traités. Une attention particulière est portée aux organisations supranationales ou transnationales, comme l’Église catholique ou la société des princes européens. L’examen s’étend à l’intégration des réalités mondiales au sein des constructions et des discours d’origine européenne. De même, la situation des femmes dans les cercles internationaux de pouvoir n’est pas absente de ces approches historiques. Le cérémonial est aussi abordé comme un support de la distinction et de la communication politiques. Ces recherches s’appuient sur les vastes correspondances laissées par les ambassadeurs, envoyés, résidents, consuls, dans les archives européennes.

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Entrée à Athènes du marquis de Nointel, ambassadeur de France (1674) avec la foule de la suite de l’ambassadeur (copie d’après une reproduction de la collection d'Alexandre Tessier).

Projet ProsoDip ou Prosopographia Diplomatica

Alexandre Tessier (CNRS)

Le présent projet vise à créer un outil numérique de référence pour tous les travaux d’histoire des relations internationales à l’Époque moderne, afin de le mettre à la disposition des chercheurs aussi bien que du grand public : il entend développer une base de données prosopographique collaborative et disponible en ligne des acteurs de la diplomatie européenne entre 1500 et 1800.

Sous-axe 2
Etudes aréales et transnationales

Le Centre Roland Mousnier compte dans ses rangs de nombreux spécialistes d’aires lointaines ou de pays étrangers. Ils cumulent une grande expérience de leurs terrains respectifs, une connaissance de leurs langues et, naturellement, une forte expertise disciplinaire. Le Centre abrite ainsi une des rares chaires universitaires consacrées en France à l’histoire du Brésil ; il compte également d’importantes communautés de spécialistes des îles Britanniques à l’époque moderne ou de la Russie du XVIe au XIXe siècle.

Coquart, A.. Graveur. Plan de la Baye et de la ville de Rio-Janeiro : [estampe]. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Chaire d'histoire du Brésil et Centre du Brésil

Charlotte de Castelnau-Lestoile (SU), Laura de Mello e Souza (SU)

Alors qu’il existait une longue tradition des études brésiliennes à l’université de la Sorbonne, chez les linguistes, les civilisationnistes et les littéraires, un pas supplémentaire a été franchi avec la création au milieu des années 1980 d’une chaire d’histoire du Brésil, rattachée au Centre Roland Mousnier, dont le professeur Pierre Chaunu, un des fondateurs de l’histoire atlantique, était également membre. Il faut souligner l’originalité de cette chaire au moment de sa création. En France, c’était un moment où l’histoire extra-européenne comme on l’appelait alors, n’était pas vraiment  à la mode. Au Brésil, qui sortait juste de la dictature, les études d’histoire étaient encore peu développées à part dans les universités du sud du pays, seules quelques universités avaient des programmes d’études doctorales.

Depuis plus de trente ans, l’université de la Sorbonne a maintenu cette chaire et un centre d’histoire du Brésil s’est développé au sein du Centre Roland Mousnier. S’y sont succédés, jusqu’en 2022, des professeurs de grande renommée au Brésil et chez les Brésilianistes du monde entier, auteurs de grands livres qui sont des références. Katia de Queiros Mattoso, spécialiste de la Bahia du XIXe siècle et de l’esclavage, Luiz-Felipe de Alencastro, qui a repensé l’histoire du Brésil à partir de l’échelle de l’Atlantique Sud, et Laura de Mello e Souza, autrice de plusieurs grands livres d’histoire sociale et culturelle du Brésil, du XVIe au XVIIIe siècle.

Cette chaire a toujours eu une grande importance pour le Brésil, à cause du prestige culturel de la Sorbonne et de la France. Des générations de chercheurs brésiliens, étudiants et enseignants, sont régulièrement venus à la Sorbonne pour des séjours de recherche. Ils y étaient toujours bien accueillis et participaient au séminaire de master d’histoire du Brésil ainsi qu’aux journées d’études et colloques régulièrement organisés. Des thèses y ont été soutenues

Une collection « Centre du Brésil » aux PUPS y a même été créée avec la publication de plusieurs volumes sous la co-direction de Katia Queiros Mattoso, La naissance du Brésil moderne (1999), Le Brésil, l’Europe et les équilibres internationaux (1999) Modèles politiques et culturels au Brésil (2003) et sous la co-direction de Laura de Mello e Souza, Le Moment 1816 des sciences et des arts. Saint Hilaire, Ferdinand Denis et le Brésil (2022).

Charlotte de Castelnau-L’Estoile qui a été élue sur ce poste, elle est spécialiste de l’histoire du Brésil colonial et en particulier du rôle du catholicisme dans la construction de cette société multiethnique et esclavagiste. Elle a enseigné trois semestres à l’Universidade federal fluminense (UFF) à Rio de Janeiro en 2010-2011 et y a fait de nombreux séjours universitaires. Les temps ont changé depuis la fondation de la chaire. L’histoire globale est devenue importante dans le champ des études historiques et le Brésil est un véritable laboratoire pour ce type d’histoire avec ses héritages amérindien, africain et européen et l’importance des circulations tout au long de son histoire. Le Brésil est lié aux mondialisations successives de l’époque moderne et de l’époque contemporaine.

Au Brésil, les études d’histoire se sont largement développées et des programmes doctoraux existent désormais dans de nombreux états du pays, contribuant à enrichir l’historiographie de cet immense pays très varié. Le Centre du Brésil du Centre Roland Mousnier a toujours pour vocation d’accueillir les chercheurs, étudiants et enseignants, qui souhaitent s’immerger dans la vie universitaire française et qui veulent avoir accès aux importantes sources historiques sur le Brésil qui existent en France (Bibliothèque nationale, Archives nationales, Bibliothèque Sainte Geneviève, Museum). Il a aussi pour vocation de faire découvrir les multiples richesses de l’histoire et l’historiographie du Brésil en France. En ce sens, il doit se tourner non seulement vers le Brésil mais aussi vers d’autres lieux où se fait l’histoire du Brésil en Europe comme entre autres, le CHAM à Lisbonne, l’université de Salamanque, l’université d’Oxford et aux Etats-Unis ; il s’agit ainsi de montrer aux chercheurs français, étudiants et enseignants, l’intérêt de l’histoire du Brésil.

Sorbonne Université continue de développer des partenariats avec le Brésil comme le programme de Licence International (PLI) ou l’accueil des étudiants de la Fondation Getulio Vargas et le Centre du Brésil du Centre Roland Mousnier a vocation à s’intéresser à ces programmes qui témoignent que le Brésil est une priorité de la politique internationale de notre université.

Le Centre du Brésil prévoit d’organiser deux journées d’études au printemps 2023 « Un Tribunal à l’échelle du monde : l’Inquisition portugaise (1536-1821). Nouvelles recherches » organisée avec Bruno Feitler (Unifesp) et à l’automne 2023  » Les Français, la terre du Brésil et l’Atlantique 1500-1630 : interactions et circulations » avec Oury Goldman (LARHA).

Histoire politique, sociale et culturelle du Brésil (XVIIIe-XIXe siècles)

Laura De Mello e Souza

Les recherches de Laura de Mello sur la pauvreté et les inégalités sociales au Brésil ont mis en évidence l’existence d’un monde de déclassés vivant à la fois en dedans et en dehors du monde de l’esclavage. Cela permet de penser la permanence d’un phénomène de longue durée dans l’histoire du Brésil : l’existence simultanée d’une accumulation d’immenses richesses et de processus violents d’exclusion et d’appauvrissement. Ce travail se poursuit sur les relations entre inégalités, différences et violences dans le Brésil des XVIIIe et XIXe siècles, en mettant l’accent sur l’héritage esclavagiste comme élément de perpétuation des structures inégalitaires.

Britannia between death and the doctor's / Js Gillray inv. & fect. Gillray, James, 1756-1815, artist pubd. by H. Humphrey, 1804 May 20th.

Mondes anglophones

Jean-François Dunyach (SU), Stéphane Jettot (SU), Frédérique Lachaud (SU),, Jean-Louis Quantin (EPHE), François-Joseph Ruggiu (SU)

Le Centre Roland Mousnier compte plusieurs spécialistes d’histoire des îles Britanniques formés à l’étude des textes aussi bien que des archives (Frédérique Lachaud, François-Joseph Ruggiu, Jean-François Dunyach, Stéphane Jettot, Jean-Louis Quantin). Le Centre a hébergé jusqu’en 2018 le Groupement de Recherche « Mondes britanniques » du CNRS, dirigé par Jean-François Dunyach, qui a associé plus d’une soixantaine d’historiens et de « civilisationnistes » spécialistes des mondes britanniques d’une quinzaine d’universités françaises, de l’histoire médiévale à l’histoire contemporaine. Cette structure de financement et de promotion de la recherche française dans le domaine de l’histoire des mondes britanniques, en facilitant la coopération entre tous les acteurs de ce champ et en aidant les doctorants et les jeunes chercheurs, a créé une dynamique de collaborations encore illustrée par le séminaire franco- britannique pluridisciplinaire d’histoire qui se tient, depuis 2005, à Sorbonne-Université avec le soutien financier du Centre Roland Mousnier, du département de langue et civilisation anglophones de Sorbonne Université et d’une demi-douzaine de centres de recherches d’autres universités, en partenariat avec l’Institute of Historical Research de Londres.

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James Gilray, Britannia between Scylla & Charybdis. or— The Vessel of the Constitution steered clear of the Rock of Democracy, and the Whirlpool of Arbitrary-Power, 1793. Source : Wikimedia Commons, libre de droit/Copyright free.

La fabrique du consentement à l’ère des révolutions. Discours, médias, réseaux, entrepreneurs et publics du conservatisme dans le monde atlantique (1760-1820)

Jean-François Dunyach (SU)

Ce projet vise à dessiner, à travers l’étude des conditions concrètes de la formulation de l’expression politique dans le monde atlantique à l’époque des révolutions (1760-1820), les traits, originaux comme déjà en mouvement, du conservatisme tel qu’il s’est déployé par la suite à l’époque contemporaine. 

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Portrait de Henri II conservé au département des Estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France

Echanges et transferts depuis la sphère britannique

Jean-François Dunyach (SU)

Un autre axe de ses recherches porte sur les échanges et transferts depuis la sphère britannique, se propose d’amorcer l’analyse des réseaux épistolaires et scientifiques de l’Université d’Édimbourg à l’époque des Lumières à travers un premier cas remarquable, le mathématicien et géologue John Playfair (1748-1819). Les archives de ce grand professeur de mathématiques et de philosophie naturelle, déposées dans les fonds de l’Université d’Édimbourg, constituent une source de première main pour évaluer et cartographier les vastes réseaux européens, atlantiques et ‘impériaux’ d’une institution remarquable. Le projet envisage de mobiliser des ressources cartographiques étendues, visant à proposer une représentation élargie du rayonnement des institutions universitaires écossaises des Lumières. »

La Russie et le monde occidental

Francine-Dominique Liechtenhan (CNRS), Thierry Claeys (SU), Xavier Labat Saint-Vincent (SU)

Le groupe de recherche EURUS (Europe-Russie) travaille sur les investissements scientifiques, technologiques et financiers en Russie du XVIIIe au XXe siècle. Francine-Dominique Liechtenhan porte particulièrement l’accent sur la Russie dans le contexte international à l’époque moderne et l’étude comparée des étrangers en Russie au XVIIIe siècle afin de cerner leur contribution à la transformation du pays initiée bien avant Pierre le Grand. Xavier Labat Saint-Vincent se consacre à l’étude du commerce maritime au XVIIIe siècle, dominé, en Russie, par les Hollandais et Anglais. Thierry Claeys travaille sur la création d’entreprises étrangères en Russie au XIXe siècle, notamment sur les banques françaises.

Sous-axe 3
Economies mondialisées

L’approche des théories européennes de l’industrialisation appliquée au reste du monde est le cadre problématique des travaux de ce sous-axe : « Économies mondialisées ». Sur la base des questions des économistes concernant les dynamiques de croissance et de globalisation d’un côté et des traditionnelles interrogations des historiens de l’autre, il a paru souhaitable de mobiliser les récents apports de la business history et des recherches en microéconomie de l’entreprise, de l’État et de la consommation.

Le rôle du monde des affaires dans la dynamique de croissance des nations industrialisées et émergentes

Dominique Barjot (SU)

Les recherches de Dominique Barjot cherchent à définir le rôle du monde des affaires dans la dynamique de croissance des nations industrialisées et émergentes, en explorant leurs performances, leurs stratégies et leurs types d’organisation, en prenant en compte les implications sociales, culturelles et environnementales du comportement des acteurs appartenant à ce monde des affaires. Parce qu’il concerne fondamentalement le comportement des acteurs économiques, le projet débouche sur une étude des processus de prises de décisions. Il les appréhende à la fois d’un point de vue macroéconomique, celui des agents institutionnels de la comptabilité nationale (firmes industrielles ; banques et institutions financières, ménages, administrations publiques et privées, reste du monde), et d’un point de vue microéconomique, sous l’angle du comportement des agents individuels, au sens néo-classique du terme.

Le développement dans les régions du Moyen-Orient et du sud de la Méditerranée aux XIXe et XXe siècles

Caroline Picquet (SU)

Caroline Piquet se pose la question du développement dans les régions du Moyen-Orient et du sud de la Méditerranée aux XIXe et XXe siècles, en procédant par une variation d’échelles : l’échelle microéconomique avec l’étude de l’entreprise et de son environnement immédiat, l’échelle nationale afin d’insérer les questions économiques et sociales dans le cadre de la construction de l’État moderne et l’approche macroéconomique pour une réflexion sur l’action des capitaux européens dans l’ensemble sud méditerranéen. Cette analyse repose sur une double démarche d’histoire économique et d’histoire sociale. En histoire économique, l’accent sera mis par Caroline Piquet sur l’action des capitaux internationaux en système colonial et sous l’angle plus contemporain des rapports entre les pays du Nord et du Sud. En histoire sociale, l’étude portera sur les impacts de l’activité de l’entreprise multinationale sur son environnement. Un autre axe de recherche concernera les modèles de développement économique des pays de la région à travers la question de l’énergie et des infrastructures portuaires et maritimes (en particulier pour les pays du Golfe et l’Égypte).

Les milieux de la banque et de l’ingénierie industrielle
(fin XVIIe-début XXe siècle)

Thierry Claeys (SU)

Les recherches de Thierry Claeys portent sur les milieux bancaires parisiens à partir du milieu du règne de Louis XIV jusqu’au lendemain de la Première Guerre mondiale, et sur leurs investissements dans les secteurs industriels diversifiés ainsi que dans les compagnies de commerce, maritimes, ferroviaires, d’assurances, tant en France qu’à l’Étranger. Ce projet doit donner lieu à la publication de deux dictionnaires, l’un portant sur les entreprises bancaires parisiennes, l’autre sur les banquiers parisiens et leurs familles.

Un deuxième volet de recherche s’intéresse aux  milieux de l’ingénierie industrielle français, en particulier les enseignants de l’École Centrale des Arts et Manufactures de 1829 à la fin du XIXe siècle.

Les communautés européennes dans l’espace mondialisé

Christophe Réveillard (SU)

Le travail de Christophe Réveillard porte sur le fait que les Communautés européennes apparaissent comme le processus d’intégration économique multilatéral le plus abouti dans l’espace mondialisé, et dont l’Union européenne poursuit le parachèvement. Il s’agit d’observer la progression de cette politique d’intégration au sein du marché intérieur par les politiques communautaires et leur théorisation à destination du reste du monde, de l’étranger proche jusqu’aux politiques multilatérales à l’échelon mondial. L’analyse de l’inscription des unions régionales inter-européennes par les Communautés, puis l’UE, dans l’espace continental européen en voie d’intégration au long du XXe siècle s’appuie d’une part sur la méthodologie propre à l’histoire économique et sociale, et d’autre part sur celle de l’histoire diplomatique.

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