AXE 1
Populations, familles, individus
Société, patrimoine, genre, âges, alimentation, santé
Depuis son origine, le Centre Roland Mousnier constitue un des pôles centraux de la démographie historique française : il héberge la Société de Démographie Historique et de sa revue, les Annales de Démographie Historique.
L’axe 1 « Sociétés, familles, individus » s’inscrit dans cette tradition prestigieuse en poursuivant des enquêtes quantitatives au long cours sur des populations rurales ou urbaines de la France des XIVe-XIXe siècles.
Restant fidèles à une orientation privilégiée d’histoire économique et sociale recourant aux méthodes quantitatives innovantes (ANR DAI-CRéTDHI), les recherches ont été élargies depuis deux décennies vers des thématiques en pleine expansion à l’échelle internationale : l’histoire de la famille et de la parenté, l’histoire de la santé et l’histoire de l’alimentation, l’histoire des patrimoines matériels et immatériels. Elles s’inscrivent, en outre, dans des champs très dynamiques tels que l’histoire sociale des élites, l’histoire des sociétés coloniales mais aussi l’histoire du genre, des émotions et des sens, avec lesquels elles entrent en dialogue en offrant un éclairage et des méthodes spécifiques.
L’ensemble des thématiques et des projets évoqués ci-dessous donnent lieu tous les ans à des mémoires de master en M1 comme en M2 ainsi qu’à des thèses de doctorat. Elles sont aussi abordées dans le cadre de deux séminaires. Le premier intitulé « Histoire de la famille et des populations (XVe-XIXe siècles) » se caractérise par son orientation internationale puisqu’il fait régulièrement intervenir des spécialistes européens de la famille. Le second est celui de l’Initiative Alimentation qui s’inscrit dans un cadre pluridisciplinaire couvrant une longue période (Moyen Âge et Temps modernes): il réunit des collègues de toute l’Alliance Sorbonne Université.
Ces séminaires assurent aussi une formation d’initiation à la recherche qui prévoit un ensemble de séances méthodologiques dédiées aux outils de la recherche (logiciels de bibliographie, de cartographie ; construction de bases de données ; préparation à la rédaction du mémoire…).
Chercheur(se)s et ingénieur(e)s

Adrien Carbonnet
Sorbonne Université

Claire Chatelain
CNRS

Fabien Faugeron
Sorbonne Université

Vincent Gourdon
CNRS

Cyril Grange
CNRS

Doriane Hare
CNRS

Stéphane Jettot
Sorbonne Université

Éric Mension-Rigau
Sorbonne Université

Jacques Renard
Sorbonne Université

François-Joseph Ruggiu
Sorbonne Université
Doctorant(e)s

Athénaïs Abgrall
Sorbonne Université

Clara Bachmeyer
LARHRA | Université Lumière Lyon-II

Léonard Barbulesco-Vesval
Sorbonne Université

Lee Blum
Sorbonne Université

Virginie Fayseler
Sorbonne Université

Alexandre Getenet
Sorbonne Université

Camille Hamon
Sorbonne Université

Auriane Hernandez
Sorbonne Université

Cédric Maurin
Sorbonne Université

Julien Muet
Sorbonne Université

Marie Rigaudeau
Sorbonne Université

Louise Salaün
Sorbonne Université
- Tout
- Alliances et parentés
- Corps santé et alimentation
- Histoire des populations à l’âge des humanités numériques
- Histoires de familles
- Mémoire patrimoines et histoire matérielle
Approvisionnement, distribution et consommation alimentaires dans les villes des derniers siècles du Moyen Âge
Divorces et séparations en France (Révolution-XXe siècle)
Early California Population Project de l’UC Riverside
Economie, Espace, Parenté
Écrire la guerre : mémoires et journaux au temps de la guerre de Succession de Bourgogne (fin XVe-début XVIe s.)
Étude des rapports de parenté et de genre dans les milieux parisiens bourgeois et nobles entre XVIe et XVIIIe siècles.
Exploration des usages de la parenté spirituelle aux époques moderne et contemporaine, en Europe et dans le monde colonial
Fœtus et morts-nés
Généalogies, parentés et usages mémoriels dans les îles britanniques (XVIIe-XIXe siècles)
Gouverner et assister par l’alimentation
Histoire sociale de la santé
La captivité de guerre en France durant le premier conflit mondial
La fabrique du patrimoine aristocratique dans les îles britanniques (XVIIe-XXe siècles)
La population d’Acxotla del Monte
La population de Charleville et des Ardennes
La population des paroisses de Rome (1720-1824)
Le mode de fonctionnement des familles dans les mondes coloniaux
Le patrimoine symbolique de la noblesse française
Les « grands enfants »
Les écrits personnels des Européens en Algérie
Les mariages mixtes interconfessionnels en France de la Révolution à nos jours
Histoire des populations à l’âge des humanités numériques
Sous-axe 1
Actuellement, le Centre Roland Mousnier est l’une des structures de recherche qui participe au renouvellement des grandes enquêtes de démographie historique et d’analyse de la parenté par l’intégration des méthodes de l’intelligence artificielle.
La population de Charleville et des Ardennes du XVIIe à la fin du XIXe siècle
Le projet « Charleville » a été conçu pour étudier l’évolution sur la longue durée de la population d’une ville du Nord de la France, Charleville, à partir d’un ensemble documentaire exceptionnel, dont le cœur est constitué par les recensements des ménages de la ville, que les autorités municipales ont fait réaliser pratiquement tous les ans de la fin du XVIIe siècle à la fin du XIXe siècle.
Le projet s’est donc inscrit dans la tradition des grandes enquêtes démographiques menées en France, à l’image de celle des « trois milles familles » ou « TRA », lancée au début des années 1980 par Jacques Dupâquier, et qui est actuellement portée par l’INED. Il s’agit dans le cas présent de construire une base de données socio-démographique nominative à partir d’un échantillon au dixième des habitants de la ville sur deux siècles.
En outre, s’inspirant des avancées des enquêtes POPP et EXO-POPP de Sandra Brée, une nouvelle enquête élargie au département des Ardennes a été ouverte avec le projet ANR DAI-CRéTDHI qui vise à lire les registres paroissiaux et à reconstituer à l’aide de l’Intelligence artificielle les familles de l’actuel département des Ardennes au XVIIIe siècle. Elle travaille pour cela avec le L3i de l’université de La Rochelle, l’INED et l’université de Tours.
L’équipe Charleville a rejoint le SOSI du CNRS Observatoire d’Histoire des Populations (ObHisPop) mené par Sandra Brée qui a pour but la mise en commun des expériences et la transmission des acquis entre des équipes françaises et belges travaillant sur des projets alliant intelligence artificielle et histoire des populations.
Carte postale, Plan Mérian du XVIIe, @Archives départementales des Ardennes
Participation
Collaboration(s)
extérieure(s)
- Florian Langelé (Sorbonne Université)
- Fabrice Boudjaaba (CNRS)
- Youri Carbonnier (Université d’Artois)
- Claude Grimmer-Fontange (chercheuse associée).
Ressources
Economie, Espace, Parenté
Le programme étudie la géographie des relations de parenté dans la grande bourgeoisie juive ouest-européenne au XIXe-XXe siècle.
Relations de parenté entre membres de la haute société juive qui résident en 1939 autour de la place des Etats-Unis. Chaque lien représente une relation de consanguinité d’ordre au plus 3 (dans le système canonique). Une couleur est associée à chaque composante connexe du réseau de parenté analysé. Version interactive disponible à l’adresse : https://analytics.huma-num.fr/Nicolas.Todd/fj/
Participation
Collaboration(s)
extérieure(s)
- Nicolas Todd (UMR7206 Eco-anthropologie (Musée de l’Homme)
Ressources
La population des paroisses de Rome (1720-1824)
Les sources romaines qui s’offrent à l’historien démographe, sont si variées qu’il lui est souvent difficile de concevoir un projet d’étude à échelle humaine tant l’abondance est dispersive. Cette difficulté explique assurément le faible nombre de publications dans ce domaine durant ces dernières années. Ce projet a ainsi été pensé à partir d’une unique source, les Listae, compilations de tous les états des âmes de la ville de Rome réalisés dans une année. L’objectif est de vérifier si le déclin démographique de Rome au XVIIIe siècle, ancré dans l’historiographie depuis un demi-siècle, est bien réel ou s’il n’est qu’un leurre induit par les techniques employées.
Reconstitution des limites paroissiales antérieures à la réforme de 1824. Copyr. Jacques Renard
Early California Population Project de l’UC Riverside (University of California)
Le projet « Early California Population Project » (ECPP), est un projet de l’université de Californie Riverside conduit par Steven Hackel. Il a pour objectif la constitution et l’exploitation d’une base de données nominative concernant plus de 100 000 individus figurant dans les registres sacramentels établis par les missionnaires franciscains de Californie entre 1769 et 1850.
San Gabriel mission – photo J. Renard
Participation
Collaboration(s)
extérieure(s)
- Steven W. Hackel (UC Riverside, University of California)
Ressources
La population d’Acxotla del Monte (Mexique central, 1700-2005)
Le projet d’étude de la population d’Acxotla del Monte, est un projet de l’université Iberoaméricana de Mexico conduit par David Robichaux. Il a pour objectif la constitution et l’exploitation d’un fichier de population concernant plusieurs villages autour d’Acxotla, localité située au nord de Puebla. David Robichaux est anthropologue et étudie, sur le terrain, les population meso-américaines depuis de nombreuses années. Il a eu très tôt l’intuition que l’utilisation des archives paroissiales pouvaient permettre de comprendre les mécanismes de transmission des biens entre générations. Les prolongements vers une étude de la démographie de cette population est rapidement devenu une évidence.
Musée du quai Branly - exposition sur les Mexicas 2024 – Photo D. Robichaux
Participation
Collaboration(s)
extérieure(s)
- David Robichaux (Université Iberoaméricana de Mexico, Mexique)
Ressources
La captivité de guerre en France durant le premier conflit mondial
Ce projet a pour thème la captivité de guerre durant la première guerre mondiale. Il s’agit d’établir un cadre quantitatif de la captivité. Une base de données des prisonniers allemands détenus en France a été construite à partir du fichier des prisonniers de guerre conservé au BAVCC. La première exploitation des données, propose une mesure des flux, des conditions de la captivité sous tous les angles (santé, logement, hygiène, etc), des déplacements (quantification, parcours moyen, dispersion), de la localisation des prisonniers, de la mortalité, des rapatriements (par la Suisse notamment). Ces résultats renouvellent une perception jusqu’alors forgée au prisme des témoignages.
Couverture du livre de J. Renard, Les prisonniers allemands en mains françaises 1914-1920, SPM, Paris, 2023.
Mémoire, patrimoines et histoire matérielle
Sous-axe 2
Les débats sur patrimoine et mémoire se sont imposés dans notre société et appellent une réflexion des historiens sur ce le contenu et les usages de l’un et l’autre dans les sociétés et des familles du passé. Cela peut être abordé grâce à des travaux sur les enjeux liés à la possession, la conservation et la valorisation du patrimoine aristocratique en Europe mais aussi des écrits personnels qui sont à la fois objets, discours et sources historiques.
La fabrique du patrimoine aristocratique dans les îles britanniques (XVIIe-XXe siècles) : un modèle pour des recherches pluridisciplinaires à l’échelle européenne ?
Dans les îles britanniques, le devenir et la valorisation des grands domaines occupent une place centrale dans les débats publics relatifs aux politiques patrimoniales, alors que cette question est longtemps restée discrète sur le continent. La chute du mur de Berlin, qui a entraîné la privatisation de nombreux bâtiments historiques en Europe centrale, ainsi que l’essor du tourisme global et la commercialisation croissante des pratiques patrimoniales ont rendu ces grands domaines plus attractifs (hôtellerie de luxe, expositions artistiques, reconstitutions historiques). Souvent éloignés des littoraux touristiques, ils sont devenus le cadre privilégié d’une véritable fièvre patrimoniale comparable à celle observée outre-Manche. Cette dynamique suscite des attentes contradictoires — entre exclusivité et accessibilité — et pose la question des financements ainsi que des régimes fiscaux applicables.
National Trust Information Board, Marsden Moor Estate, David Dixon, Wikimedia
Le patrimoine symbolique de la noblesse française
Dans ces recherches, il s’agit de montrer dans quelle mesure et par quels moyens la noblesse, dépositaire d’un patrimoine symbolique toujours opérant, réussit à conserver aujourd’hui une identité spécifique et à maintenir une capacité de concurrence avec les autres élites ; et jauger le rayonnement, dans la société française contemporaine, de cet héritage symbolique, c’est-à-dire des modes de vie et des principes d’éducation qui constituent sa « culture d’ordre ».
Éric Mension-Rigau, Enquête sur la noblesse : permanence aristocratique, 2019.
Les écrits personnels en France et en Europe
de l’époque médiévale à l’époque contemporaine (XVe-XIXe siècle)

Adrien Carbonnet
Sorbonne Université

François-Joseph Ruggiu
Sorbonne Université
Dans la continuité de la grande enquête menée dans les années 2000, le Centre Roland Mousnier encourage les recherches sur les écrits personnels rédigés en France, en Europe et dans les colonies (en particulier en Algérie) de l’époque médiévale au 19e siècle. Les écrits personnels désignent un vaste ensemble de textes, souvent hybrides, comme les livres de raison, les diaires, les journaux, les autobiographies, les mémoires, les récits de voyage, les annales ou les chroniques, en particulier monastiques ou urbaines, ou les correspondances. Ils sont considérés à la fois comme des objets, comme des discours et comme des sources historiques. Les approches pluridisciplinaires et les mises en série de textes sont particulièrement valorisées. Ces recherches ouvrent à des collaborations à l’échelle internationale, en particulier avec l’International Egodocumental Network.
Écrire la guerre : mémoires et journaux au temps de la guerre de Succession de Bourgogne (fin XVe-début XVIe s.)
Les journaux et mémoires de Gérard Robert, moine de Saint-Vaast d’Arras, et de Philippe Blocquiel, abbé de Saint-Aubert de Cambrai, couvrent une période s’étendant des années 1460 aux années 1510. Ces textes constituent une source précieuse pour approcher la vie urbaine, notamment au temps de la guerre de Succession de Bourgogne. Peu connus des historiens par rapport à d’autres oeuvres – tel que le Journal d’un bourgeois de Paris –, ces écrits monastiques s’inscrivent dans un mouvement d’écrits personnels qui fleurit dans les villes au XVe siècle. Nous en proposons une édition critique et en grande partie inédite.
Image : Abbaye Saint-Vaast d’Arras d’après le plan-relief de 1717, Musée des Beaux-Arts d’Arras (Wikimedia Commons)
Les écrits personnels des Européens en Algérie
L’enquête en cours au CRM sur les « Européens en Algérie » aux XIXe et XXe siècles a permis de mettre à disposition de la communauté des chercheurs, un guide de sources principalement appuyé sur les dépôts d’archives publiques en France.
La seconde partie de cette enquête vise désormais à localiser et inventorier des écrits personnels, produits en dehors de toute sollicitation institutionnelle, qui puissent servir à une meilleure compréhension de la manière dont les « Européens », de diverses origines migratoires, se sont installés et ont cohabité sur le sol algérien en interaction et en opposition avec les populations locales.
Extrait du journal de Théodore Fritz, Philippeville 1856 (collection privée, reproduction autorisée)
Histoires de familles
Sous-axe 3
Champ historique en voie d’autonomisation depuis les années 1980, très implanté au sein du Centre Roland Mousnier, l’histoire de la famille s’est renouvelée ces dernières années à la fois en ce qui concerne les méthodologies et les objets considérés. Tandis que les héritages méthodologiques de la démographie historique tendent à s’effacer en partie, les historiens du Centre cherchent à présent à articuler plus systématiquement les sources des pratiques sociales avec les sources normatives qu’elles soient juridiques ou politiques.
Le mode de fonctionnement des familles dans les mondes coloniaux
Le Centre Roland Mousnier a une tradition ancienne d’études des populations et des familles en France et, également, en Europe. Elle s’est enrichie, durant ces dernières années, d’une nouvelle dimension atlantique et coloniale dans le cadre de vastes enquêtes sur les formes familiales, sur le mariage et sur le métissage non seulement dans les colonies françaises de l’époque moderne, en particulier à Saint-Domingue, mais aussi dans l’Algérie du XIXe siècle.
aquarelle, artiste inconnu, c. 1830. Gestion de documents et archives. Collection Ville de Montréal.
Divorces et séparations en France (Révolution-XXe siècle)
L’étude historique des ruptures d’unions conjugales en France depuis la Révolution française s’est pour l’heure concentrée soit sur les aspects politico-juridiques de la reconnaissance du divorce, soit sur les évolutions les plus contemporaines des pratiques (après 1945). Il s’agit ici de mener une enquête au long cours sur l’histoire sociale des couples divorcés et séparés sous la Révolution puis sous la Troisième République : en pointant des terrains locaux judicieusement choisis, et en mêlant sources d’état civil et archives judiciaires, on analysera la manière dont les innovations législatives ont été appréhendées par les hommes et les femmes, mais aussi les trajectoires des couples désunis ainsi que les parcours de leurs enfants.
Carte à jouer. France. 1793. Gallica / BNF
Participation
Collaboration(s)
extérieure(s)
- Sandra Brée (CNRS, Larhra)
Ressources
Les « grands enfants »
L’enquête sur les grands enfants, qui est une des plus récentes lancées par le Centre Roland Mousnier, étudie les relations juridiques, résidentielles, économiques ou affectives entre les parents et les enfants, filles ou garçons, en train d’entrer dans l’âge adulte, ou bien devenus adultes mais amenés à cohabiter avec leurs père et mère (XVIIe-XVIIIe siècle). Ces « grands enfants », négligés souvent par une historiographie prompte à les croire sortis précocement du ménage parental ou effacés dans l’ombre de l’autorité paternelle ou parentale, surgissent pourtant des recensements, des archives judiciaires et notariales comme des sources qualitatives et permettent d’aborder sous de nouveaux angles un ensemble de thématiques liées à l’histoire des acteurs sociaux.
BNF, Degrés des âges, estampe, Pellerin imprimeur-libraire à Epinal, 1815 (gravure sur bois 33 x 42 cm)
Alliances et parentés
Sous-axe 4
Mariage, alliance et structures de parenté constituent des enjeux fondamentaux de l’histoire sociale des familles en Europe à l’époque moderne et au XIXe siècle, dont le sous-axe 2 approfondit l’exploration en proposant un triple enrichissement. Les approches désormais classiques de la démographie historique et de l’anthropologie historique se nourrissent ici des apports de l’histoire du droit ou de l’analyse de réseau. En complément des sources classiquement privilégiées – recensements, registres d’état civil, registres paroissiaux d’Ancien Régime, papiers de famille et actes notariés –, une place est accordée aux sources judiciaires et aux archives religieuses du XIXe siècle. Enfin, des études sur des objets décalés ou délaissés (parenté spirituelle, mixité matrimoniale, séparations judiciaires d’Ancien Régime) complètent les questionnements traditionnels du champ.
Exploration des usages de la parenté spirituelle aux époques moderne et contemporaine, en Europe et dans le monde colonial
Dans l’enquête sur la parenté spirituelle, la question de la « familialisation » des choix de parrains et marraines aux XVIIIe-XIXe siècles constitue une interrogation centrale de l’enquête collective. D’autres thématiques sont également développées : le rapport entre espace et parrainage, en particulier dans le contexte des villes industrielles (enquête sur Aubervilliers, Charleville), le parrainage dans les territoires coloniaux français mais aussi l’instrumentalisation politique et économique du parrainage sur le long terme.
Photo Odeta Catana, 2011, un baptême en Roumanie
Étude des rapports de parenté et de genre dans les milieux parisiens bourgeois et nobles entre XVIe et XVIIIe siècles
Les rapports de parenté et de genre dans les milieux parisiens bourgeois et nobles, entre XVIe et XVIIIe siècles, sont étudiés à partir de plusieurs types d’action sollicitant le champ judiciaire (comme l’action judiciaire de la séparation matrimoniale et de la rupture d’alliance). Les enjeux liés à l’économie patrimoniale (transmission et biens, formes de reproduction sociales dans la parenté) sont étudiés en regard des modes opératoires et des acteurs du monde judiciaire.
Hyacinthe Rigaud
Généalogies, parentés et usages mémoriels dans les îles britanniques (XVIIe-XIXe siècles)
La généalogie n’est pas seulement une activité antiquaire, elle est produite, utilisée et mobilisée par différents acteurs (familles, hérauts, imprimeurs) et sert à agir dans le présent (revendiquer un statut, obtenir une charge, affirmer une légitimité). Comme l’Europe continentale, les sociétés britanniques ont généré un volume considérable de récits généalogiques sous toutes ses formes (peintures, imprimés, lettres). Les dictionnaires généalogiques qui se développent à partir de première révolution britannique (1640-1649) et se généralisent au dix-huitième siècle représentent une source privilégiée pour étudier l’activité mémorielle des familles des élites foncières, sa délégation au sein d’une parenté proche ou étendue et sa commercialisation par les imprimeurs londoniens.
Asta su abuelo (1799), Museo Nacional del Prado (couverture du livre Selling of ancestry)
Les mariages mixtes interconfessionnels en France de la Révolution à nos jours
Les migrations transnationales contemporaines et les interrogations croissantes sur les juxtapositions de groupes religieux, nationaux ou ethniques différents ont stimulé ces dernières décennies un intérêt évident pour la question de la mixité matrimoniale. Il est cependant faux de penser que cet enjeu émerge avec notre modernité la plus contemporaine. Pour ce qui concerne les unions interreligieuses qui forment l’une des formes de la mixité matrimoniale, la question est largement débattue au Moyen-Âge comme à l’Epoque moderne et des réponses très variées sont données dans les législations de chaque Etat, territoire ou communauté religieuse.
Registre des actes de mariages, 1909, Paris
Corps, santé et alimentation
Sous-axe 5
L’histoire du corps, celle de la santé – notamment pour la branche diététique de la médecine – et celle de l’alimentation entretiennent d’étroits rapports. Ce sous-axe s’intéresse tout d’abord à la gestion des corps, qu’ils soient morts ou vivants : gestion des corps post-mortem à la morgue, à l’hôpital et au cimetière ; entretien et soin du corps des vivants. À ce titre, la pharmacopée comme la diététique sont donc mobilisées. L’alimentation, selon l’expression prêtée à Hippocrate, est en effet « la première médecine » : l’étude des régimes de santé, celles des carences, des déséquilibres et des excès alimentaires seront ensuite abordées tant au niveau de l’individu (rapport médecin / patient par ex.) que des populations, ouvrant à une dimension politico-économique (étude des politiques d’approvisionnement et de la consommation), démographique et épidémiologique (avec, notamment, l’impact des crises frumentaires).
Fœtus et morts-nés
Dans cette recherche, plusieurs aspects sont approfondis : l’enregistrement des mort-nés pendant la période de la Révolution, entre la loi de laïcisation de l’état civil de 1792 et le décret de 1806 créant l’acte d’enfant « présenté sans vie » ; la ritualisation civile et religieuse autour des mort-nés à la fin du XIXe siècle ; les débats au sein du corps médical vers 1900 sur l’obligation de déclaration des fausses – couches auprès des autorités.
Christoffel Bisschop, De Heer heeft gegeven, de Heer heeft genomen, vers 1850, Amsterdam Museum.
Participation
Collaboration(s)
extérieure(s)
- Nathalie Sage Pranchère (CNRS-UMR 7219 Sphère)
Ressources
Histoire sociale de la santé
L’histoire de la santé selon les individus ou les groupes étudiés recouvre plusieurs directions de recherches fécondes tournées soit vers les lieux de santé comme les hôpitaux, les stations thermales ou les maisons de santé, soit vers les actions et les effets des politiques de santé publiques sur les populations. Elle est également abordée au travers des individus praticiens et soignants de tous ordres dispensant soins et conseils aux malades. Afin d’élargir la compréhension de la santé, de la maladie et du monde médical de l’époque moderne, les patients souvent secondés par leur entourage familial ont, depuis une vingtaine d’années, été reconnus comme des acteurs de la prise en charge de leur santé et de leurs maux.
Matthijs Naiveu (1647-1726), un médecin au lit d’une malade, avant 1726 (Wellcome collection)
Approvisionnement, distribution et consommation alimentaires dans les villes des derniers siècles du Moyen Âge
Cette enquête vise à comprendre comment les grandes villes des derniers siècles du Moyen Âge ont relevé l’un des plus formidables défis posés aux sociétés préindustrielles : assurer à leur population un ravitaillement abondant, régulier et à un prix socialement acceptable pour le plus grand nombre. Plusieurs aspects sont ici pris en compte, notamment : l’impact des politiques annonaires et des institutions sur l’encadrement de l’approvisionnement, du marché et du travail urbains, en relation avec des concepts tels que le « bien commun » et le « juste prix » ; le rôle des métiers de bouche et des autres acteurs dans la distribution urbaine et ses différents circuits ; les cultures et les pratiques urbaines de consommation alimentaire, ou encore la formation du goût et des identités culinaires.
Marché de la place Saint-Marc, miniature française du XVe s. (Oxford Bodleian Library) représentant le départ de Marco Polo
Gouverner et assister par l'alimentation: institutions, crises et hiérarchies du « qui doit manger quoi et comment » (XIIIe-XXIe siècles)
Ce projet étudie l’alimentation comme instrument central de gouvernement et d’assistance, notamment en contexte de crise (famine, guerre, déplacements, précarité…), du XIIIe au XXIe siècle. Il interroge la manière dont les institutions et organisations – Église, villes, États, empires, agences, ONG et associations – définissent concrètement « qui doit manger quoi et comment », au nom de quels principes (salut, ordre public, santé, sécurité, dignité…) et fondements théologico-philosophico-économico-juridiques, avec quelles mises en œuvre (systèmes annonaires/d’approvisionnement et charité/assistance exercés par des particuliers et des acteurs non institutionnels) et avec quels effets politiques (hiérarchisation, exclusion/inclusion, contrôle, pacification, production de droits).
L’identification d’un type de source relativement homogène, le discours (politique, sanitaire, médical, économique, publicitaire…) permet de prendre en compte une temporalité large et des espaces variés. L’étude des discours, de leur production et de leurs effets, requiert la collaboration de plusieurs champs disciplinaires complémentaires en lettres, SHS et biologie/médecine.
Le marché au grain d’Orsanmichele, à Florence, en temps de pénurie (tiré d’un mss. du 14e s. de Domenico Lenzi, Specchio Umano [ou Libro del Biadaiolo], Bibl. Laurentiana, Florence).
Participation
Collaboration(s)
extérieure(s)
- Corinne Mencé-Caster (UFR d’Etudes ibériques, SU)
- Initiative Alimentation (SU)

