Interactions dans la société carolingienne et seigneuriale


Frédérique LACHAUD


Résumé

Ce projet concerne les mécanismes du pouvoir et la culture politique en Angleterre aux XIIe et XIIIe siècles. Il comporte deux volets : une série d’études sur le règne de Jean sans Terre (1199-1216) et un ouvrage sur la culture politique londonienne autour de 1200.

Frédérique Lachaud’s project in sub-section 1 examines the workings of power and political culture in England in the twelfth and thirteenth centuries. It includes a study on some aspects of the reign of King John (1199-1216), and a book on political culture in London c. 1200.


Présentation du projet

L’étude des mécanismes du pouvoir en Angleterre (XIIe-XIIIe siècles) est le cadre général dans lequel se développe le projet de Frédérique Lachaud. Il s’agit en effet d’approfondir, pour le cas anglais, les notions de « communauté de royaume », de fidélité et d’allégeance, de revenir sur les mécanismes de la succession et sur les solutions adoptées pour pallier l’absence structurelle du roi de ses terres insulaires, dans le cadre du complexe de la domination « anglo-angevine ». Deux pierres de touche permettent de mettre ces idées à l’épreuve dans des contextes précis.

En premier lieu, le projet consiste à revenir sur certains aspects du règne du roi Plantagenêt Jean sans Terre (r. 1199-1216). Crédité d’avancées majeures dans le gouvernement de l’Angleterre et de l’Irlande, et considéré comme un administrateur capable, Jean souffre malgré tout d’une réputation détestable : traître à son frère Richard Coeur de Lion, incapable, face à Philippe Auguste, de conserver les terres de la dynastie Plantagenêt en France, Jean sans Terre est l’archétype du tyran, contre qui les barons anglais finissent par se coaliser pour lui imposer en 1215 une « Grande Charte » des libertés. Le projet a pour ambition de mieux situer les actions de Jean dans le contexte troublé d’une période de transformation décisive des pouvoirs à l’échelle de l’Occident et d’éclairer les différentes facettes d’une personnalité complexe.

Il faut notamment revenir sur les usages de la réputation posthume du roi dans des contextes variés, que ce soit la crise politique des années 1250 ou la crise fiscale de la fin du XIIIe siècle. Il est essentiel en particulier de saisir le lien, dans les chroniques, entre la figure de Jean comme tyran et la justification du tyrannicide, à la lumière de l’influence cicéronienne et des thèses du Policraticus de Jean de Salisbury. Parmi les aspects du règne de Jean sans Terre qui doivent faire l’objet d’études plus approfondies, la question de ses liens avec le monde urbain retient particulièrement l’attention.

Dans les pas de Richard Cœur-de-Lion, Jean développa une politique favorable aux villes, en leur octroyant des libertés, une politique souvent interprétée comme un signe de faiblesse de la part d’un roi en mal de soutiens. Il s’agira notamment de revenir de manière approfondie sur les liens entre Jean sans Terre et Londres. C’est en effet Jean qui est crédité de la concession d’une commune à Londres en 1191, en l’absence de son frère Richard Cœur-de-Lion alors en croisade, mais il reste à comprendre pourquoi les rapports entre Jean et les élites londoniennes se dégradèrent rapidement par la suite, jusqu’à ce que Londres ouvre ses portes aux barons en 1215 puis à Louis, le fils de Philippe Auguste, en 1216.

L’autre volet du projet concerne « La culture politique à Londres, 1190-1217 ». Celui-ci a pour objet de comprendre les grands bouleversements politiques à Londres (troubles entourant le couronnement de Richard Ier en septembre 1189, obtention de la commune en 1191 dans le contexte de l’opposition au chancelier Guillaume de Longchamp, « révolution populaire » de William FitzOsbert en 1196, ralliement de Londres aux barons révoltés en 1215 et allégeance de la cité à Louis en 1216), dans une période cruciale de transformation des structures et de la culture politique en Angleterre, à la lumière de la production de textes à Saint-Paul (œuvre historique du doyen de Saint-Paul, Ralph de Diceto, notamment, production de textes glosés), dans d’autres institutions religieuses (œuvre exégétique de Peter de Cornouailles à Holy Trinity Aldgate) et dans le milieu des élites civiques (compilation dite « Collection londonienne de lois »). Si Londres apparaît comme un lieu de croisement des influences, et d’entrecroisement des carrières, l’unification des institutions londoniennes vers 1200 se situe dans le contexte d’une culture de la mémoire et de la spécificité londoniennes dont il s’agit de saisir l’élaboration progressive.