LEGETIMAM
L’expérience exégétique
au Moyen Âge
et durant la première modernité
Ve-XVIIe sièclerielles
dans l’Italie de la première Renaissance

Porteuse
Frédérique LACHAUD
Participantes
Marielle LAMY & Sumi SHIMAHARA


Présentation du projet

L’exégèse de la Bible est un domaine qui a été très largement investi par les savants du Moyen Âge et de la première modernité, comme en témoigne le nombre très considérable de commentaires que ces époques nous ont légués. Loin d’être de simples explications du Livre, ces œuvres, dont l’ampleur et l’ambition sont très variables, recèlent une profonde réflexion sur l’ordre du monde, la société, les pouvoirs, que l’historien gagne à étudier pour mieux cerner l’élaboration de la pensée politique. Commenter la Bible est en effet un support essentiel, et pendant une longue période le seul support, pour comprendre et interpréter les événements politiques et plus largement élaborer un cadre politique légitime dans une économie du Salut.

Les origines du pouvoir, la légitimité du pouvoir, sa nécessité dans un monde d’après la chute, le rapport entre les gouvernants et Dieu, l’intervention continue du divin dans l’histoire, à travers les péripéties de la vie politique et les jeux de pouvoir, sont les enjeux profonds qu’éclaire la lecture du Livre, à laquelle l’expérience vécue dans l’exercice du pouvoir ou à sa périphérie vient par ailleurs apporter une compréhension renforcée. Grâce à une lecture qui en dégage les différents sens, le Livre offre une grille de compréhension des événements et peut amener à justifier ou à critiquer les choix opérés.

Les commentaires bibliques ont été bien étudiés sous l’angle des sciences religieuses (déploiement des différents sens de l’Écriture, typologie des commentaires monastiques ou scolaires par exemple), ce qui permet de saisir plus finement aujourd’hui leur herméneutique, leur logique profonde, et ce qui permet aux historiens de les interroger avec plus de pertinence. Quelques chercheurs ont déjà ouvert la voie à des travaux mettant en évidence la portée politique de ces textes, mais cette piste mérite d’être plus systématiquement explorée, en intégrant largement les apports interdisciplinaires (anthropologie politique, histoire du droit, littérature et théâtre, iconographie par exemple).

Le projet LEGETIMAM vise donc à amplifier ces recherches, à les envisager sur une période longue de douze siècles, afin de préciser les moments où discours exégétique et pensée politique s’articulent selon de nouvelles modalités. Le projet a aussi pour ambition de recourir à des manuscrits et à des textes inédits. Par ailleurs, en partant de l’« expérience exégétique », nous proposons d’élargir l’approche pour inclure les différentes formes d’appropriation du texte biblique et de son interprétation. Composés à l’origine en latin, les commentaires prennent des formes nouvelles dans les paraphrases ou adaptations bibliques en langue vernaculaire, ils trouvent une expression propre dans le théâtre et dans l’iconographie (qu’elle soit savante ou populaire), leurs procédés sont repris ou imités dans d’autres domaines. L’« expérience exégétique » englobe aussi les aspects matériels de la conception et de la production des manuscrits ordonnés au commentaire et à l’interprétation du texte biblique, indissociables de l’approche intellectuelle.