La population des paroisses de Rome (1720-1824)
Le projet
L’idée est de construire un atlas de la population autour des données des Listae mais l’absence d’un fond de carte des paroisses rendait au départ l’opération impossible. Par chance, il existait aux archives du Vicariat un dossier contenant un bref état des sources de chaque paroisse. Ces notes, établies par Pietro Burchi au XXe siècle, contenaient des descriptions des parcours des curés dans leur paroisse lorsqu’ils constituaient les états des âmes. Les paroisses non renseignées furent peu nombreuses et j’ai ainsi pu utiliser ces renseignements pour digitaliser les limites paroissiales en me basant sur le plan de Nolli (1748) et proposer dans une carte des frontières paroissiales, antérieure à la réforme de 1824 (fusion de nombreuses paroisses).
La compilation de plus de 180000 données a permis d’envisager une analyse différentielle très fine de l’évolution du peuplement de la ville. L’exploitation de ces données a débuté par une analyse des marqueurs démographiques (mobilité, natalité, nuptialité, mortalité) mais aussi une étude de la densité, le tout au travers d’une spatialisation des données. La densité de population est très contrastée entre le centre historique et les paroisses périphériques. Alors qu’elle demeure stable dans la vieille ville, on assiste à la naissance de nouveaux quartiers dans des zones longtemps désertées, et à une densification du peuplement à l’intérieur des «Mura Aureliane»
Les Listae, de par leur structure, se prêtent aisément à une analyse démographique de type agrégatif. Et c’est de cette manière que Sonnino et Schiavino tracèrent les grands traits de l’évolution du peuplement de Rome. Leurs conclusions décrivaient une cité en crise, et en déclin au vu de la baisse significative du taux de natalité depuis le dix septième siècle jusqu’à l’unité. Mais les mesures agrégatives qu’ils utilisèrent n’étaient peut être pas les mieux adaptées pour décrire le dynamisme de la population. Il est possible de dépasser cette approche en évaluant la fécondité des romains au moyen d’hypothèses simples sur les structures par âge de la population.
On observe alors la présence d’un noyau dur de la population aux rythmes de fécondité soutenus, mais noyé dans un océan de solitaires qui continue de croître. Un monde de solitaires, mais pas de solitude au regard de la structure des feux, dans lesquels résident de nombreux jeunes venus trouver un emploi. Les solitaires ne sont donc pas seulement des ecclésiastiques comme on aurait pu le penser. Les résultats obtenus donnent une vision diamétralement opposée à celle des auteurs cités précédemment. La population n’est pas en déclin, elle est une superposition de groupes aux rythmes reproductifs différents dont le principal est composé de solitaires, en augmentation constante au fil du temps, mais dans laquelle coexiste un groupe reproductif très actif qui assure le renouvellement de la génération. Et au final, si des périodes de déclin existent en effet, elles sont de courte durée et ont des origines essentiellement extérieures à la population romaine comme les deux incursions françaises par exemple.
Pour consolider ces résultats, il faudra procéder à des reconstitutions familiales du type de celle conduite dans le cadre de l’ANR Piazza Navona. Utilisant des états des âmes successifs pour toutes les paroisses situées autour de la place Navone, nous avions reconstitué les familles présentes dans cet espace pendant plus de 50 ans, à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles. Ainsi les premières évaluations des niveaux de fécondité de cette population avaient pu être approchés.
Publications
- Renard, La population des paroisses de Rome. 1720-1824. La gente di Roma nell’era barocca. Dimension, Evolution, Spatialisation, SPM l’Harmattan, Paris, 2025 (à paraître).

