La population d’Acxotla del Monte (Mexique central, 1700-2005)

Participant(es)
Jacques Renard

Sorbonne Université

Collaboration(s)
extérieure(s)
  • David Robichaux (Université Iberoaméricana de Mexico, Mexique)
La collaboration entre l’université Iberoaméricaine et la Sorbonne dure depuis presque trente années. David Robichaux fait des séjours très fréquents au Centre Roland Mousnier. Parti du relevé de recensements très contemporains, David Robichaux a développé au fil des années un fichier de population qui intégré maintenant l’état civil et les registres paroissiaux d’Acxotla del Monte et des villages alentour sur une période de plus de 300 années. Il a débuté la saisie des données avec le logiciel Casoar à la fin des années 90, puis suivant l’évolution de ce logiciel, il a continué à développer son fichier dans un logiciel de généalogie après transformation au format gedcom par mes soins (Renard 2005). Depuis, l’exploitation des données a donné lieu à de nombreuses publications qui ont mis en perspective un modèle démographique spécifique basé sur un mariage post pubertaire généralisé et cela tout au long de la période, une fécondité soutenue mais aussi une mortalité forte particulièrement celle des enfants. Dans cette population qui comptait une population indienne majoritaire, le système familial mésoaméricain a produit un régime démographique spécifique régulé par un temps d’allaitement long et par une forte mortalité. Au total, la croissance de la population a été lente à partir du XVIIIe siècle, elle n’a connu sa forte expansion qu’à partir du XXe siècle lorsque la mortalité a commencé à reculer fortement.
The collaboration between the Ibero-American University and the Sorbonne has lasted for nearly thirty years. David Robichaux has made very frequent stays at the Roland Mousnier Center. Starting from contemporary census records, David Robichaux has developed over the years a population database that now integrates civil records and parish registers from Acxotla del Monte and surrounding villages over a period of more than 300 years. He began data entry using the Casoar software in the late 1990s. Following the evolution of this software, he continued to develop his database in a genealogy program after converting the data to GEDCOM format with my assistance (Renard 2005). Since then, the analysis of this data has led to numerous publications that highlight a specific demographic model characterized by widespread post-pubertal marriage throughout the period, sustained fertility, and high mortality—particularly among children. In this population, where Indigenous people were the majority, the Mesoamerican family system produced a unique demographic regime regulated by prolonged breastfeeding and high mortality rates. Overall, population growth was slow from the 18th century onward, and it only experienced significant expansion in the 20th century when mortality rates began to decline sharply.

Le projet

Musée du quai Branly - exposition sur les Mexicas 2024 – Photo D. Robichaux

Les travaux de David Robichaux ont permis de comprendre l’importance du modèle familial mésoaméricain dans la mise en place d’un régime démographique spécifique dans les zones dont la population est majoritairement d’origine indienne.

Ce modèle est basé sur un mariage post pubertaire généralisé et sur un établissement très spécifique. Au début de sa vie conjugale, le jeune couple habite chez les parents du marié, puis, si l’espace le permet, il construit son nouveau logement près de la maison paternelle, favorisant un contrôle familial très important sur la vie sexuelle du couple. Dans ce modèle, tous les enfants quittent la maison paternelle, les garçons s’installant non loin du foyer parental et les filles chez leur mari, hormis le dernier né qui reste, avec son épouse, pour soigner ses parents âgés et qui hérite de la maison. Ce système provoque ainsi une durée d’union est assez longue, englobant très souvent toute la durée de fécondabilité des femmes, ce qui aurait pu conduire à une descendance très nombreuse des couples. Cela ne surviendra en vérité qu’au cours du XXe siècle. En vérité le temps d’allaitement relativement long, dépassant fréquemment 30 mois, créait une aménorrhée qui réduisait fortement le risque de concevoir un nouvel enfant pendant cette durée. Par ailleurs, la forte mortalité des habitants, surtout celle des enfants, anéantissait bien souvent les timides élans de croissance de la population. La récurrence et la violence des épidémies au cours du XVIIIe, en 1737 par exemple, et jusqu’au début du XIXe siècle provoquèrent une très longue période de stagnation démographique, avec dans les zones à majorité indienne une croissance nulle voire parfois une diminution de la population.

L’explosion démographique observée au XXe siècle résulte essentiellement d’un combat victorieux contre la mort. Les comportements démographiques ne changèrent pas immédiatement. Ainsi l’âge au mariage et la durée d’allaitement demeurèrent constants pendant au moins la première moitié du siècle. C’est bien du côté de la mortalité que les choses changèrent radicalement. Les gains d’espérance de vie furent tels, tant pour les enfants que pour les adultes, que les générations se superposèrent très rapidement, de manière exponentielle. Le régime démographique mésoaméricain permettait d’obtenir davantage de générations dans un laps de temps inférieur à celui de la majorité des sociétés européennes (quatre générations par siècle au lieu de trois en Europe) provoquant ainsi une croissance beaucoup plus rapide de la population. Il devenait courant de connaître son bisaïeul.

Ce n’est que dans le dernier quart du XXe siècle qu’une véritable révolution démographique de cette population va se mettre en place. Cette transition tardive se caractérise par une forte émigration des jeunes adultes, notamment vers les Etats-Unis, par une forte augmentation du célibat, et par une réduction drastique de la fécondité. Le début de l’union demeure très précoce, les méthodes contraceptives modernes permettent au couple un tel contrôle de sa descendance que l’âge moyen à la dernière maternité plonge en dessous de trente ans pour les femmes. Les comportements démographiques ont rejoint les standards des pays fortement industrialisés annonçant ainsi la fin de la spécificité du modèle mésoaméricain.

Publications

  • David Robichaux et Jacques Renard, « A peculiar demographic transition in 20th-century Mexico: Evidence from family reconstruction », Sixth Conference of the European Society of Historical Demography 10-13 September 2025, Bologna, Italia.
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