Généalogies, parentés et usages mémoriels dans les îles britanniques (XVIIe-XIXe siècles)

Participant(es)
Stéphane Jettot

Sorbonne Université

Souvent cités par les historiens mais rarement étudiés, les dictionnaires de familles britanniques nous permettent de reconsidérer les cultures de l’ancestralité et leur commercialisation étendue du dix-septième au dix-neuvième siècles. Ces dispositifs éditoriaux se substituent à des objets coûteux produits par des artisans locaux (armoiries, inscriptions funéraires, vitraux) et s’adressent à un lectorat étendu, de la métropole jusqu’aux colonies. En abordant les premiers Peerages en 1675 jusqu’aux répertoires familiaux des marques Debrett’s et Burke en 1820-50, cette recherche met en lumière l’invention progressive d’un produit hybride situé entre les almanachs, les histoires régionales et les répertoires urbains. Utilisé par les contemporains comme guide pour évoluer dans une sociabilité changeante et complexe à déchiffrer, ils reflètent également les positions des élites foncières vis-à-vis des statuts sociaux, des événements politiques et des réformes agraires. Publiés par les libraires londoniens les plus influents, ils sont composés avec la collaboration de milliers de famines britanniques. Dans leurs correspondances manuscrites, les élites anciennes et nouvelles souhaitent insérer leurs histoires dans un récit national en apportant une masse considérable de documents, citations et anecdotes. Cette enquête entend identifier la totalité des volumes publiés ainsi que les conditions matérielles de leur commercialisation, de même que leur place dans les débats contemporains sur les hiérarchies sociales. Elle permet enfin de contextualiser le caractère vraisemblable des généalogies, entre faits et fictions, et les nombreux effets recompositions selon les attentes familiales.
Often quoted but rarely studied in their own right, family directories allow a reconsideration of how ancestry and genealogy became an object of widespread commercialization from the 17th to the 19th century. They replaced the expensive, locally-produced early modern artefacts (tombs, windowpanes, illuminated pedigrees) and by doing so, reached a wide audience of readers in the British Isles and the colonies. From the first Peerage in 1675 to the guidebooks of Debrett’s and Burke’s in the 1820-1850’s, the ongoing research offers an insight into the cumulative process leading to the creation of hybrid products, at the intersection between court almanacs, county histories and town directories. Employed by contemporaries as reference tools to navigate through a complexe and changing society, they should also be used as a means to probe contemporary attitudes towards social status, political events and land reforms. Published by the most prominent London booksellers who shared their copyrights among themselves, they relied on the considerable involvement of thousands of families in the counties. In their correspondence with publishers, many new and old elites desired to insert their own narrative into a general history of Britain by dispatching documents, quotations and anecdotes. Based on a unique source-base, this research provides a systematic review of these directories, their production and sale but also their potential role in shaping the character of social change. It demonstrates the wider ramifications of genealogy and its structural ability to reinvent itself, associate amateurs and antiquarians alike and thrive on the wavering lines between facts and fiction.

Le projet

Asta su abuelo (1799), Museo Nacional del Prado (couverture du livre Selling of ancestry)

La généalogie n’est pas seulement une activité antiquaire, elle est produite, utilisée et mobilisée par différents acteurs (familles, hérauts, imprimeurs) et sert à agir dans le présent (revendiquer un statut, obtenir une charge, affirmer une légitimité). Comme l’Europe continentale, les sociétés britanniques ont généré un volume considérable de récits généalogiques sous toutes ses formes (peintures, imprimés, lettres). Les dictionnaires généalogiques qui se développent à partir de première révolution britannique (1640-1649) et se généralisent au dix-huitième siècle représentent une source privilégiée pour étudier l’activité mémorielle des familles des élites foncières, sa délégation au sein d’une parenté proche ou étendue et sa commercialisation par les imprimeurs londoniens.

Publications

  • Stéphane Jettot, Selling Ancestry. Family Directories and the Commodification of Genealogy in Eighteenth Century Britain, Oxford UP, 2023.
  •  Stéphane Jettot, « Les liens adelphiques à l’épreuve de l’édition Frères et sœurs dans les dictionnaires généalogiques londoniens (1700-1830) », Annales de démographie historique, 149(1), 2025, p. 103-128.
  •  Stéphane Jettot, « Entre métropole londonienne, comtés et localités : l’hypothétique fabrique d’une ‘classe aristocratique’ sur un long xviiie siècle. » Bulletin de l’Association des historiens modernistes des universités françaises, 45, 2024. https://journals.openedition.org/bahmuf/960
  • Stéphane Jettot, « Genealogie reconfigured and the Enlightenment », S. Jettot et J.-P. Zuniga (éds), An outdated impulse? Genealogical practices and Enlightenment values, avec, University Studies in the Enlightenment, Voltaire Foundation, Liverpool UP, 2021, p. 1-20.
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