La fabrique du patrimoine aristocratique dans les îles britanniques (XVIIe-XXe siècles) : un modèle pour des recherches pluridisciplinaires à l’échelle européenne ?

Participant(es)
Stéphane Jettot

Sorbonne Université

Ce projet se propose d’aborder les enjeux contemporains et historiques liés à la valorisation du patrimoine aristocratique en Europe, à partir du cas britannique. Il part de l’initiative de l’association European Historic Houses, qui cherche à promouvoir le rôle des propriétaires privés dans la préservation des demeures historiques, tout en revendiquant une reconnaissance institutionnelle et des avantages fiscaux. Cette démarche se distingue d’organisations comme la National Trust, historiquement tournée vers une gestion plus collective du patrimoine, mais aujourd’hui confrontée à des débats mémoriels, notamment sur l’héritage colonial et esclavagiste.
Dans les îles britanniques, les grands domaines occupent une place centrale dans les débats publics, contrairement à une Europe continentale longtemps plus discrète. Cependant, la privatisation post-1989 et l’essor du tourisme ont accru leur attractivité, tout en soulevant des tensions entre accessibilité, rentabilité et préservation.
Le projet entend édifier une approche comparative européenne et pluridisciplinaire pour mieux comprendre ce patrimoine, à la croisée de l’histoire, du tourisme et de l’économie. Il rappelle les grandes étapes de sa formation en Grande-Bretagne : constitution des estates à partir du XVIIe siècle avec les enclosures, affirmation d’un pouvoir culturel aristocratique, ouverture progressive au public au XIXe siècle, puis crise et reconversion au XXe siècle dans le cadre de l’« heritage industry ».
Aujourd’hui, ces domaines sont au cœur de débats sur la mémoire, les inégalités sociales et l’usage de l’espace rural. Le projet défend ainsi l’idée d’un modèle britannique utile pour repenser, à l’échelle européenne, la place du patrimoine aristocratique dans les sociétés contemporaines.
This project deals with the historical and contemporary challenges surrounding the valorisation of aristocratic heritage in Europe, using the British case as its main reference point. It begins with the initiative of the European Historic Houses association, which seeks to promote the role of private owners in preserving historic residences, while also advocating for institutional recognition and tax advantages. This approach differs from that of organisations such as the National Trust, which has historically favoured a more collective management of heritage but is now facing debates over memory, particularly concerning the legacies of colonialism and slavery.
In the British Isles, large landed estates occupy a central place in public debates, unlike in continental Europe where the issue has long remained more discreet. However, post-1989 privatisations and the growth of tourism have increased their attractiveness, while also generating tensions between accessibility, profitability, and preservation.
The project aims at constructing a comparative and interdisciplinary European approach to better understand this heritage, at the intersection of history, tourism, and economics. It outlines the main stages in its development in Britain: the formation of estates from the seventeenth century through enclosures, the assertion of aristocratic cultural power, their gradual opening to the public in the nineteenth century, and finally their crisis and transformation in the twentieth century within the framework of the “heritage industry.”
Today, these estates lie at the heart of debates on memory, social inequality, and the use of rural space. The project thus argues for the relevance of the British model as a means of rethinking, on a European scale, the place of aristocratic heritage in contemporary societies.

Le projet

National Trust Information Board, Marsden Moor Estate, David Dixon, Wikimedia

Dans les îles britanniques, le devenir et la valorisation des grands domaines occupent une place centrale dans les débats publics relatifs aux politiques patrimoniales, alors que cette question est longtemps restée discrète sur le continent. La chute du mur de Berlin, qui a entraîné la privatisation de nombreux bâtiments historiques en Europe centrale, ainsi que l’essor du tourisme global et la commercialisation croissante des pratiques patrimoniales ont rendu ces grands domaines plus attractifs (hôtellerie de luxe, expositions artistiques, reconstitutions historiques). Souvent éloignés des littoraux touristiques, ils sont devenus le cadre privilégié d’une véritable fièvre patrimoniale comparable à celle observée outre-Manche. Cette dynamique suscite des attentes contradictoires — entre exclusivité et accessibilité — et pose la question des financements ainsi que des régimes fiscaux applicables.

Publications

  • Stéphane Jettot, « Féodalité et aristocratie britannique dans l’œuvre de David Cannadine : bilan et perspectives », numéro spécial dirigé par Elie Haddad et Antoine Roulet Noblesse, terre, seigneuries : un bilan historiographique comparé, L’Atelier du Centre de recherches historiques, 30, 2025, p. 1-37. https://doi.org/10.4000/15616
  • Stéphane Jettot, “Trees from dynastic to national emblem in Britain”, Eric Hounshell, Ruth Amstutz (eds.), Shadow of the Tree, intercom Verlag, Zürich, 2024. Doi 10.5281/zenodo.10932341.
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