La captivité de guerre en France durant le premier conflit mondial

Participant(es)
Jacques Renard

Sorbonne Université

Ce projet a pour point de départ la redécouverte du fichier national des prisonniers allemands de la première guerre mondiale, qui sommeillait depuis des d’années dans des cartons entreposés dans un dépôt provincial. Il n’a donc jamais été exploité. Constitué d’environ 400000 fiches nominatives qui chacune détaille le parcours d’un prisonnier depuis sa capture jusqu’à son rapatriement. Il permet donc d’envisager des mesures quantitatives solides de la captivité. Or cette dimension quantitative fait bien souvent défaut dans l’historiographie de la grande guerre. Pour envisager et développer un projet, j’ai élaboré une convention d’exploitation entre la Direction de la mémoire (DMPA) du ministère de la Défense et l’Université Paris-Sorbonne (Centre Roland Mousnier) pour fixer un cadre institutionnel dans lequel serait réalisé le projet. Les étapes prévues sont la numérisation, l’indexation des fiches et l’analyse des données. Ce projet a été labellisé par la Mission interministérielle du centenaire de la Première Guerre mondiale. Face à une telle masse de données un sondage s’imposait pour obtenir des résultats immédiats. Il a concerné environ 2% des fiches. Cela peut sembler peu, cela représente tout de même une base de données de près d’un million de lignes, pour un total de 83400 événements compilés. Le couplage des données avec la base allemande «Universaliste 1. Weltkrieg» (pertes de l’armée allemande) et les dossiers de la Croix-Rouge a permis d’optimiser les rendements.
This project originates from the rediscovery of the national archive of German prisoners from World War I, which had been dormant for years, stored in boxes in a provincial depot. As a result, it had never been utilized. The archive consists of approximately 400,000 individual records, each detailing a prisoner’s experience from capture to repatriation. This resource thus enables robust quantitative analysis of captivity – a dimension often lacking in the historiography of the Great War. To develop and execute this project, I established a collaboration agreement between the Ministry of Defense’s Memory Directorate (DMPA) and the University of Paris-Sorbonne (Roland Mousnier Center) to create an institutional framework for the project. The planned steps include digitization, indexing of the records, and data analysis. The project was endorsed by the Interministerial Mission for the Centenary of World War I. Given the sheer volume of data, a sampling approach was necessary to yield immediate results. The sample covered roughly 2% of the records. While this may seem modest, it still amounts to a database of nearly one million entries, encompassing a total of 83,400 compiled events. Cross-referencing this data with the German database “Universaliste 1. Weltkrieg” (German army losses) and Red Cross files helped maximize the output.

Le projet

Couverture du livre de J. Renard, Les prisonniers allemands en mains françaises 1914-1920, SPM, Paris, 2023.

Depuis une vingtaine d’années, l’histoire militaire, traditionnellement centrée sur l’événement laisse le pas à une histoire des combattants. C’est ainsi qu’elle a réintroduit le prisonnier de guerre dans le patrimoine mémoriel de la première guerre mondiale. Ce conflit révéla en effet l’importance et la gravité de la question des prisonniers (nombre, état de santé, durée et conditions de leur captivité, etc.) Or la dimension quantitative fait toujours défaut dans l’historiographie des prisonniers de la grande guerre. Aujourd’hui, les historiens débattent âprement sur le thème de la captivité de guerre mais manquent souvent de références chiffrées incontestables. Les uns voient dans les stalags de la Grande Guerre les embryons du totalitarisme, pour les autres cette guerre serait le dernier conflit de l’Ancien régime européen, pendant lequel les règles auraient été respectées par la majorité des acteurs.

Ce projet sur la captivité de guerre a pour point de départ la redécouverte presque fortuite du fichier national des prisonniers allemands de la première guerre mondiale, qui sommeillait depuis une trentaine d’années dans des cartons entreposés dans un dépôt provincial. Ce fichier, qui n’a jamais été étudié dans son ensemble, est constitué d’environ 400000 fiches nominatives qui détaillent chacune le parcours d’un prisonnier depuis sa capture jusqu’à son rapatriement. La qualité des informations inscrites est très variable passant de quelques lignes à deux pages entièrement remplies sur le recto et au verso de la fiche. Les doublons sont très fréquents car le classement alphabétique des fiches était très approximatif et les scribes ne maîtrisaient pas toujours l’orthographe des noms inscrits sur les livrets militaires

Malgré ces difficultés, ce fichier permet d’envisager des mesures quantitatives solides de la captivité, avec en premier lieu une évaluation précise du nombre de captifs très largement exagéré dans les sources officielles.

Face à une telle masse de données la constitution d’un sondage s’imposait, il a concerné environ 2% des fiches. Cela peut sembler peu, mais représente tout de même près d’un million de lignes de saisie (966000 lignes précisément), pour un total de 83400 événements compilés. Le couplage des données avec la base allemande « Universaliste 1. Weltkrieg » (pertes de l’armée allemande) et les dossiers de la Croix-Rouge a permis d’optimiser les rendements. D’autres sources plus qualitatives sont venues étayer les observations chiffrées : des rapports de visite de la Croix-Rouge, des inspections des camps, des carnets de route de prisonniers, ou encore des correspondances privées.

Après deux années de saisie, une première exploitation a été menée. Elle propose une mesure fine des flux, des conditions de la captivité sous tous les angles (santé, logement, hygiène,etc), des déplacements (quantification, parcours moyen, dispersion), de la localisation des prisonniers sur le territoire national (sous forme de recensements rétrospectifs), de la mortalité, des rapatriements (par la Suisse en particulier)

Signalons enfin que Madame Riedesel, petite fille de du général Casar von Hofacker, (devenu célèbre pour sa participation au complot du 20 juillet 1944, c’est à dire à la tentative d’assassinat visant Adolf Hitler) m’a confié la correspondance inédite de son grand-père qui était pendant le premier conflit mondial prisonnier des français. Alors jeune capitaine, il écrivait des mémoires sur les conditions de la captivité endurée par ses hommes, réflexions qui relativisent fortement les rapports établis par les délégués de la Croix-Rouge ou les enquêtes menées par les autorités françaises.

La numérisation des fiches est bien avancée avec plus d’un gros tiers du total déjà réalisé. Par contre la saisie des données avance très lentement, faute de moyens. Ajoutons que cette dernière requiert une bonne maîtrise de la chronologie du conflit, de la géographie (compliquée par le codage systématique des lieux à partir de 1916), des nomenclatures militaires avec des abréviations complexes.

Publications

  • Renard, Les prisonniers allemands en mains françaises 1914-1920, SPM, Paris, 2023.
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