La population d’Acxotla del Monte (Mexique central, 1700-2005)
Participant(es)

Jacques Renard
Sorbonne Université
Collaboration(s)
extérieure(s)
- David Robichaux (Université Iberoaméricana de Mexico, Mexique)
Le projet
Les travaux de David Robichaux ont permis de comprendre l’importance du modèle familial mésoaméricain dans la mise en place d’un régime démographique spécifique dans les zones dont la population est majoritairement d’origine indienne.
Ce modèle est basé sur un mariage post pubertaire généralisé et sur un établissement très spécifique. Au début de sa vie conjugale, le jeune couple habite chez les parents du marié, puis, si l’espace le permet, il construit son nouveau logement près de la maison paternelle, favorisant un contrôle familial très important sur la vie sexuelle du couple. Dans ce modèle, tous les enfants quittent la maison paternelle, les garçons s’installant non loin du foyer parental et les filles chez leur mari, hormis le dernier né qui reste, avec son épouse, pour soigner ses parents âgés et qui hérite de la maison. Ce système provoque ainsi une durée d’union est assez longue, englobant très souvent toute la durée de fécondabilité des femmes, ce qui aurait pu conduire à une descendance très nombreuse des couples. Cela ne surviendra en vérité qu’au cours du XXe siècle. En vérité le temps d’allaitement relativement long, dépassant fréquemment 30 mois, créait une aménorrhée qui réduisait fortement le risque de concevoir un nouvel enfant pendant cette durée. Par ailleurs, la forte mortalité des habitants, surtout celle des enfants, anéantissait bien souvent les timides élans de croissance de la population. La récurrence et la violence des épidémies au cours du XVIIIe, en 1737 par exemple, et jusqu’au début du XIXe siècle provoquèrent une très longue période de stagnation démographique, avec dans les zones à majorité indienne une croissance nulle voire parfois une diminution de la population.
L’explosion démographique observée au XXe siècle résulte essentiellement d’un combat victorieux contre la mort. Les comportements démographiques ne changèrent pas immédiatement. Ainsi l’âge au mariage et la durée d’allaitement demeurèrent constants pendant au moins la première moitié du siècle. C’est bien du côté de la mortalité que les choses changèrent radicalement. Les gains d’espérance de vie furent tels, tant pour les enfants que pour les adultes, que les générations se superposèrent très rapidement, de manière exponentielle. Le régime démographique mésoaméricain permettait d’obtenir davantage de générations dans un laps de temps inférieur à celui de la majorité des sociétés européennes (quatre générations par siècle au lieu de trois en Europe) provoquant ainsi une croissance beaucoup plus rapide de la population. Il devenait courant de connaître son bisaïeul.
Ce n’est que dans le dernier quart du XXe siècle qu’une véritable révolution démographique de cette population va se mettre en place. Cette transition tardive se caractérise par une forte émigration des jeunes adultes, notamment vers les Etats-Unis, par une forte augmentation du célibat, et par une réduction drastique de la fécondité. Le début de l’union demeure très précoce, les méthodes contraceptives modernes permettent au couple un tel contrôle de sa descendance que l’âge moyen à la dernière maternité plonge en dessous de trente ans pour les femmes. Les comportements démographiques ont rejoint les standards des pays fortement industrialisés annonçant ainsi la fin de la spécificité du modèle mésoaméricain.
Publications
- David Robichaux et Jacques Renard, « A peculiar demographic transition in 20th-century Mexico: Evidence from family reconstruction », Sixth Conference of the European Society of Historical Demography 10-13 September 2025, Bologna, Italia.
