Les mariages mixtes interconfessionnels à Paris entre le Second Empire et la Première Guerre mondiale

Les mariages mixtes interconfessionnels
à Paris
entre le Second Empire et la Première Guerre mondiale

Vincent GOURDON

&

Cyril GRANGE


Présentation du projet

Les migrations transnationales contemporaines et les interrogations croissantes sur les juxtapositions de groupes religieux, nationaux ou ethniques différents ont stimulé ces dernières décennies un intérêt évident pour la question de la mixité matrimoniale. Il est cependant faux de penser que cet enjeu émerge avec notre modernité la plus contemporaine. Pour ce qui concerne les mariages interreligieux, la question est largement débattue au Moyen-Âge comme à l’Epoque moderne et des réponses très variées sont données dans les législations de chaque Etat, territoire ou communauté religieuse.

La sécularisation tendancielle du mariage en Europe à partir de la fin du XVIIIe siècle et la montée de l’idée nationale transforment les référents idéologiques et juridiques à partir desquels le problème de la mixité matrimoniale est pensé et géré. Dans le cas français en particulier, la naissance du mariage civil obligatoire en septembre 1792 et la non-reconnaissance légale du mariage religieux, tous deux validés par le Code Napoléon, écartent, sur le plan juridique au moins, tout obstacle à la réalisation d’unions entre conjoints des différentes confessions chrétiennes, ainsi qu’entre époux chrétiens et juifs. Dans le même temps, peu à peu au cours du XIXe siècle, une partie croissante des fidèles des différentes religions prennent leurs distances vis-à-vis des prescriptions les plus restrictives émises par les autorités religieuses et la tolérance en matière religieuse devient une valeur cardinale de la société

Le cas de Paris entre le milieu du XIXe siècle et la Première Guerre mondiale est particulièrement intéressant à cet égard. Capitale de l’Etat national, ville des révolutions, citadelle de l’anticléricalisme dans le dernier tiers du XIXe siècle, elle est aussi un espace d’accueil de communautés religieuses de plus en plus variées, au fur et à mesure de l’expansion économique et démographique de la ville et de l’arrivée de courants migratoires multiformes. Aux côtés d’une large majorité catholique, la population parisienne compte ainsi une minorité protestante conséquente et plurielle (réformés, luthériens, voire anglicans), une petite communauté orthodoxe, et une proportion croissante de juifs.e siècle.

L’enquête menée au sein de l’axe 1 du Centre Roland Mousnier se fixe trois directions.

  • Une premier axe s’intéresse à la prise en compte des mariages mixtes par les différentes institutions religieuses. Comment sont-ils perçus ? Jusqu’à quel point sont-ils acceptés ? Quels débats pastoraux engendrent-ils au sein des différents clergés, et en fonction des positions hiérarchiques internes ? Comment sont-ils gérés en termes d’autorisation administrative, de cérémonie et d’enregistrement ? Suscitent-ils des enquêtes, des inflexions théologiques ? Enfin, quels décalages éventuels observe-t-on entre la vision des autorités religieuses et celles des fidèles ou de l’Etat dans le cadre du Concordat (1801-1905) ?
  • Le deuxième axe s’interroge sur les couples mixtes eux-mêmes. Il est effectué un relevé intégral des mariages mixtes au sein de l’ensemble des registres de mariages religieux catholiques, protestants, orthodoxes et anglicans de Paris, à trois dates précises – 1869, 1885, 1909 -, puis un couplage des informations recueillies avec celles fournies par l’état civil parisien. La base de données obtenue permet de mesurer l’évolution de la mixité matrimoniale interreligieuse à Paris entre le Second Empire, où celle-ci commence à inquiéter sérieusement les autorités catholiques, et l’avant Première Guerre mondiale, alors que la politique républicaine de sécularisation de la Troisième République a porté ses fruits. Il s’agit aussi de faire une analyse spatiale et sociale des couples concernés afin d’en tracer un portrait global évolutif et de saisir les facteurs favorisant ou freinant à cette époque la conclusion de telles unions.
  • Enfin, un troisième axe étudie le devenir des couples mixtes et de leurs enfants. Les trajectoires de vie des couples mixtes interreligieux se caractérisent-elles par des difficultés particulières (divorce, par exemple) ? Observe-t-on des conversions, et de quel type ? Comment sont gérées l’affiliation religieuse, la prénomination et l’éducation des enfants ? Ces derniers sont-ils eux-mêmes plus enclins à contracter des unions mixtes ? Pour répondre à ces questions, on fait appel à un corpus longitudinal à l’origine de la constitution de véritables fiches de familles, réalisé à partir des trois cohortes de couples mixtes déjà relevés.
Diocèse de Paris – Registre de Mariage – 1869 © Droits réservés

Premières publications

Vincent Gourdon, Cyril Grange, « L’union d’Emile II Pereire et Suzanne Chevalier : l’Eglise et les mariages mixtes dans les années 1860 », Archives Juives, 2009, 1, p. 33-50.

Michaël Gasperoni, Vincent Gourdon, Cyril Grange (dir.), Les mariages mixtes dans les sociétés contemporaines. Diversité religieuse, différences nationales, Rome, Viella, 2019.

Michaël Gasperoni, Vincent Gourdon, Cyril Grange, « Les mariages mixtes dans les sociétés contemporaines. Diversité religieuse, différences nationales. Introduction », p. 7-21, in Michaël Gasperoni, Vincent Gourdon, Cyril Grange (dir.), Les mariages mixtes dans les sociétés contemporaines. Diversité religieuse, différences nationales, Rome, Viella, 2019.

Vincent Gourdon, Cyril Grange, « Célébrer un mariage mixte interconfessionnel à Paris à la fin du Second Empire », p. 199-235, in Michaël Gasperoni, Vincent Gourdon, Cyril Grange (dir.), Les mariages mixtes dans les sociétés contemporaines. Diversité religieuse, différences nationales, Rome, Viella, 2019.

Vincent Gourdon, Cyril Grange, Clara Lefèvre, « Renouveler l’étude quantitative des registres paroissiaux : l’enquête sur les mariages mixtes catholiques de Paris, 1869-1909 », à paraître in Denis Crouzet, Alain Hugon (dir.), Un historien dans ses lendemains : Pierre Chaunu, Caen, Presses Universitaires de Caen.